Édito janvier 2020

Démonstration pour les retraites...

mercredi 8 janvier 2020 à 09:30, par Mister K

Depuis le 5 décembre 2019, la France connaît une lutte sociale qui fera date. Au moment où ces lignes sont écrites, on n’en connaît évidemment pas l’issue. L’objet de cette lutte est simple : éviter une régression sociale qui serait engendrée par la fameuse réforme de "la retraite universelle par points" et qui impacterait potentiellement l’ensemble des français. Le gouvernement et les partisans de cette réforme y voient un progrès social pour les petites retraites et une retraite plus juste car plus égalitaire, les régimes spéciaux devant passer à la trappe...

Comment peut-il y avoir un tel écart de perception entre la majorité des français et ce que vend le gouvernement ? Pourquoi personne ne croit le gouvernement à part les gens qui ne comptent pas spécialement sur leur retraite pour leurs vieux jours ?
Certainement parce qu’il n’y a aucun élément rationnel qui vient appuyer l’argumentation du gouvernement. Déjà, une première arnaque apparaît au niveau du vocabulaire : on parle d’une réforme systémique et non d’une réforme paramétrique. Tout cela pour dire qu’on ne change pas seulement les paramètres classiques des retraites (taux de cotisation, durée de cotisation et niveau des pensions) mais tout le système. Sauf que dans le nouveau système, il y a forcément des paramètres nouveaux ou pas et que pour juger de la valeur du nouveau système, il faut les identifier et les fixer. Du coup, pourquoi n’a-t-on toujours pas de simulateurs issus des travaux du gouvernement ? Officiellement parce que l’on ne peut pas fixer la valeur du point. Mais cette valeur du point, c’est un paramètre, on pourrait très bien admettre qu’il n’est pas fixe pour l’instant et le faire varier dans les simulateurs. Bref, l’argument est bidon. Si le gouvernement disait vrai, un simulateur démontrerait rationnellement et facilement que la réforme de la retraite par points n’entraîne pas de régressions au niveau des rentes. Malheureusement, on s’apercevrait certainement que pour quelques gagnants, il y aurait beaucoup de perdants.

Mais au fait, pourquoi cette réforme ? Officiellement, pour mettre tout le monde sur le même pied d’égalité sur le sujet des retraites. Sauf que la liste des exceptions s’allonge. Elle n’est pas si universelle que cela. Et peut-on faire fi des spécificités professionnelles ? Les danseurs de l’Opéra ou les ouvriers du BTP par exemple peuvent-ils être mis sur le même plan qu’un cadre administratif ? La réponse est bien sûr non. Donc, le côté universel de la réforme est une supercherie. Après, les citoyens sont pragmatiques et se posent des questions de base. Combien de temps faudra-t-il cotiser ? Là, bonne chance pour répondre car avec un système par points en fonction des cotisations versées et non plus par trimestre validé, le critère n’a plus trop de sens. À partir de quel age pourra-t-on partir en retraite ? Officiellement 60 ans pour ceux qui ont commencé leur carrière avant 20 ans, 62 pour les autres. Mais le fameux age pivot pousse à 64 ans pour ne pas avoir de malus. Et plus pour s’en tirer un peu mieux, là, on ne sait pas si il y aura une limite. Bref, on sent que l’on est dans l’inconnu. Pas étonnant que tout le monde ou du moins la majorité des français restent méfiants.

Au final, on s’aperçoit qu’avec la fameuse réforme systémique, on change les paramètres de temps de cotisation, d’age de la retraite et de montant des rentes. Et bien sûr, on ne s’attend pas à ce que tout cela soit favorable à la plus grande majorité des français. Bref, c’est l’arnaque. Mais au fait, pourquoi cette réforme ? Oui, j’ai déjà posé la question plus haut mais si on se la pose, c’est que l’on en comprend pas forcément la finalité qui est quand même très floue. Et comme disait la grand-mère de Martine, quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup. A priori, il semble que l’objet de la réforme est de pouvoir changer sans en avoir l’air, tous les paramètres des retraites qui impactent les futurs retraités. Et donc, certainement, au final, faire des économies sur le budget des retraites. Et aussi, pousser les plus fortunés à la capitalisation pour leur retraite. Oui, parce que si il y a un point qui est assumé par le gouvernement, c’est que les cadres y perdront. Enfin, pas tous. Ceux qui gagnent plus de 120 000 euros par an (300 000 personnes en France) s’en sortiront bien. Ils seront exonérés d’une partie des cotisations actuelles, exonérations dont ils pourront placer les gains dans des fonds de pensions, un truc dont les assureurs français rêvent depuis les années 90.

Conclusion, si cette réforme des retraites était vraiment plus juste, ce serait facile à démontrer et tout le monde serait pour. Mais comme la démonstration n’a pas été faite alors qu’elle devrait être simple à faire, tout le monde à bien compris qu’au final, ce sont des régressions qui attendent le plus grand nombre. Jusqu’à ce que l’on nous démontre le contraire.


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commentaires
Démonstration pour les retraites... - epujsv - 23 février 2020 à 11:20

Une petite revue d’articles de sites apres le dernier appel intersyndical renvoyant au 31 mars :

La mobilisation contre la réforme des retraites ne veut pas s’arrêter- Rapports de force, 20 février

Vendredi 21 février, où en est l’affrontement avec Macron en France ?- Aplutsoc

France : La contre réforme des retraites affaiblit Macron - A l’encontre, 23 février

Appel à une rencontre nationale pour la greve générale - Révolution permanente, 17 février


Démonstration pour les retraites... - epujsv - 24 février 2020 à  10:15

Et, Retraites : « avec le 31 mars, nous voulons refaire une très, très grosse journée », de Rapports de force qui n’avait encore rien publié hier sur la lointaine date du 31.

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