PCF vs Lutte Ouvrière
Le Parti Communiste et Lutte Ouvrière se regardent en chien de faïence à l’occasion des élections législatives et présidentielles qui devraient confirmer un phénomène d’usure des premiers et phénomène de mode (ou de récupération) des seconds. A Bourges, c’est un sujet qui fâche. L’antagonisme des deux partis né des dernières élections municipales risque fort de refaire surface et de tourner au règlement de compte.
Quelle place pour le Parti Communiste dans le Cher ? L’un des derniers bastion du PCF fait actuellement grise mine. On peut expliquer cet état de fait par la chute du mûr de Berlin, le décès de Georges Marchais combiné à celui de Jacques Rimbault. Plus sûrement, c’est le progressif abandon du terrain par les militants communistes et la politique édulcorée de leurs dirigeants nationaux qui se paye cash aujourd’hui. Qu’est donc devenue la toute puissante section du PCF qui avait ses entrées dans tous les lycées et usines du département ?
RETOUR AU TERRAIN. A l’heure où sur le plan national le PC est sur le point de passer derrière Lutte Ouvrière, la poignée de militants communistes du Cher tente de se refaire une santé en mettant en avant des personnes de terrain à l’occasion des élection législatives. Aux côtés du mastodonte, Jean Claude Sandrier, député du Cher sortant, ce sont donc deux militants actifs bien connus des berruyers qui ont été choisis pour représenter le Parti Communiste au travers de Yannick Bedin et Annie-Joelle Frizon. Tous deux répondent aux critères nationaux souhaités par Robert Hue de rajeunissement et de féminisation les cadres du parti. L’un et l’autre représentent "l’exemple à suivre" par les militants du PCF exhortés à revenir sur le terrain.
Tout comme Robert Hue pour les Présidentielles, le travail des trois candidats communistes aux Législatives dans le département du Cher consiste pour une large part à "prouver qu’ils sont bien de gauche" afin ramener au bercail les sympathisants communistes séduits par les discours de Arlette Laguiller.
Jean-Claude Sandrier n’est pas le dernier à se lancer dans la bataille même s’il n’est pas forcément le mieux placé pour le faire. Encore fortement marqué par sa mésaventure des élections municipales, le député sortant a déjà lancé quelques attaques à l’égard du parti de Arlette Laguiller, lors du meeting de Robert Hue à Vierzon, estimant que Lutte Ouvrière avait "un discours de gauche mais des actes qui favorisaient la droite." Jean-Claude Sandrier n’a en effet pas digéré le fait que Lutte Ouvrière ait refusé de retirer sa liste au premier tour des municipales à Bourges, permettant l’élection du candidat de droite qui lui, avait bénéficié des faveurs du Front National.
Mais en restant sur le terrain d’une simple analyse "mathématique" de décompte des voix, Jean-Claude Sandrier occulte le vrai problème de son engagement jugé souvent trop modéré à gauche, qui pourrait bien une nouvelle fois lui jouer des mauvais tours. Les électeurs ayant déposé un bulletin de vote estampillé Lutte Ouvrière n’auraient-ils pas été davantage tentés par une abstention compte tenu de la faiblesse de la campagne menée par le candidat communiste ?
SYNDROME JOSPIN. A l’occasion des législatives, sa campagne d’affichage dont les codes de couleurs aux tons bleutés font davantage penser à la campagne d’un candidat de droite n’est pas rassurante et laisse penser qu’il n’a pas solutionné ses problèmes d’image. Certes Jean-Claude Sandrier peut faire valoir un bilan de députation que l’on peut qualifier sans esprit partisan de positif. Mais son incapacité à formuler un "discours de gauche" ne le place pas en position de crédibilité pour récupérer les voix des déçus du communisme.
Y-a-t-il d’ailleurs encore des vrais communistes au PCF ? Dans le Cher, c’est Yannick Bedin et Annie-Joëlle Frizon qui sont probablement les mieux en mesure de le prouver, bien qu’handicapés par un contexte national ne plaide pas en leur faveur, en raison de l’indéniable échec de la participation des communistes au sein du gouvernement de Lionel Jospin.
Pas assez puissant, le PCF s’est souvent montré incapable de faire entendre sa voix dissonante. Mais le PCF avait-il le choix ? Un retrait du gouvernement aurait sans doute achevé de le marginaliser. Il en résulte que les discours foncièrement de gauche des candidats communistes manquent de crédibilité. En gros, on pourrait dire que le Parti Communiste n’est vraiment de gauche qu’au moment des élections, sa faible influence ne lui permettant pas de le rester dans le partage du pouvoir avec le parti socialiste. Robert Hue à beau fustiger "la stérilité du vote en faveur de Lutte Ouvrière", beaucoup d’anciens communistes du PCF ne voient pas bien en quoi un vote "Huemuniste" serait plus utile.
Les législatives et les présidentielles constitueront donc un examen important sur la santé du Parti Communiste et l’analyse des résultats dans le département du Cher devrait faire l’objet d’une attention particulière.