Les vrais décroissants : les marchés !
La théorie de la décroissance fait son chemin. Nous sommes de plus en plus à comprendre qu’une croissance infinie dans un monde fini est une illusion. Qu’il va falloir que notre croissance cesse tout d’abord, puis qu’elle diminue. On le comprend, mais c’est difficile à admettre.
Tellement difficile qu’on en arrive à inventer des notions plus débiles les unes que les autres : du « développement durable » à la « croissance verte », ça n’est qu’enfilage d’oxymorons. Le développement ne peut pas être « durable » puisque c’est un synonyme d’ « éternel » ou « infini ». La croissance ne peut pas être « verte », puisque c’est justement la croissance qui détruit la planète. Et ne parlons pas de la notion de « capitalisme éthique » ou pire, de « capitalisme vert ». Autant disserter de la chasteté de DSK ou des pyromanes pompiers.
Non seulement nous ne voulons pas décroître, mais ils sont nombreux à vouloir croître ! La croissance des BRIC, à l’autre bout de la planète, se compte avec deux chiffres. Et ils n’ont manifestement pas l’intention de s’arrêter. On serait mal venus, d’ailleurs, de leur reprocher. Eux aussi ont droit à leurs bagnoles, leurs lave-linges, leurs smartphones, leurs centrales nucléaires, leur pollution et leurs Star Academies, non ? Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que s’ils prennent leurs parts du gâteau (qui est fini, rappelons-le), c’est nous, les « pays développés » qui aurons moins de parts ! Voilà une raison supplémentaire qui explique notre irrémédiable décroissance : le renversement du monde est en marche et inéluctable.
Sauf qu’il est rare qu’on accepte sans broncher qu’on vienne nous piquer dans notre gamelle. La quête des dernières ressources disponibles risque d’entraîner de légères frictions qu’on a communément l’habitude d’appeler « guerres ». Et comme nous avons tout le matériel nécessaire pour qu’elle soit totale et définitive, il y a toute les chances qu’il n’y ait plus personne pour parler de croissance ensuite. Ça n’est pas la planète qui s’en plaindra, remarquez, elle sera enfin libérée du tyran qui la martyrise : l’homme. Ce qui restera de vie pourra reprendre son cours, et dans quelques centaines de milliers d’années, plus aucune trace humaine ne sera visible. La vie sur Terre sera redevenue un long fleuve tranquille…
Avant d’en arriver à cette extrémité, qui présente le grave inconvénient qu’on ne sera plus là pour en parler, il serait temps qu’on se ressaisisse. Mais comme on n’est pas raisonnables, il va bien falloir que quelqu’un nous y oblige. Et qui est-ce qui va s’y coller ? Les « marchés », bien sûr ! Regardez les Grecs, ils n’avaient pas envie de décroître, mais alors là, pas du tout. Eh bien, en deux ans de temps, paf ! les marchés les ont aidé a décroître de 10%. Et personne n’y a rien vu a redire. Mais alors là, personne. Les marchés ont rempli leur mission avec une abnégation remarquable. Pareil en Italie, en Espagne, au Portugal. Le tour des autres ne va d’ailleurs pas tarder. Le « doux commerce » du capitalisme, c’est quand même moins violent, non ? « La main invisible du marché », que dis-je « La main divine du marché », c’est quand même préférable à la guerre, non ? S’il y a un Dieu sur Terre pour sauver les hommes, il s’appelle « La main invisible du marché » Et dans son infinie bonté, il va aider les hommes – pauvres pécheurs – à décroître, décroître…
pour les décroissants, la décroissance n’est pas synonyme de récession. Bref, la confusion des concepts ne facilite pas les choses.
La décroissance n’est pas un concept scientifique. La décroissance est un blasphème. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un de ses principaux propagandiste, Serge Latouche.
Pour m’interesser un peu à ça depuis quelques temps, je dois reconnaître que ce qui se nomme décroissance est plutôt une nébuleuse. Héritière d’un socialisme radical et anti-autoritaire, d’un écologisme tout aussi radical, elle est la dernière utopie politique en date. Ce qui la distingue, c’est une volonté de rupture, alors que tous les mouvements critiques du capitalisme s’orientent finalement vers un réaménagement de celui-ci. Ce qui est étonnant, c’est la reprise de tout un corpus critique qui vient des années 60 et 70, voir bien avant, avec la (re)découverte d’auteurs comme Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illitch, Jean Baudrillard, l’Ecole de Francfort, etc. etc.
On peut toujours ricaner et dire que la décroissance, on y est et qu’on n’a pas à la souhaiter. Mais c’est une caricature. Une fois que vous avez organisé tout l’univers humain autour de la bagnole, si vous coupez le robinet d’essence et mettez les gens au chômage, vous produisez alors le chaos. Ce n’est pas ce que proposent les décroissants. Ils disent : est-ce qu’on peut inventer un monde qui ne tourne pas autour de la voiture ? En prévision d’une crise de l’énergie probable, vous conservez un univers encore en ordre, où il n’est pas sûr que les gens débarassés du dieu bagnole soient plus malheureux. Ils disent aussi : si on ne réfléchit pas collectivement à ces questions, la frugalité choisie pourrait se transformer en contrainte organisée. Le fascisme vert a de beaux jours devant lui. Le premier à le dénoncer est aussi le premier écologiste politique, et ce n’est pas un hasard : Bernard Charbonneau.
Ce que disent les décroissants, et personne ne le conteste, sinon les scientistes échevelés, c’est que le modèle de l’illimitation (je préfère ce terme) de nos sociétés n’est pas viable. Dès lors, s’il faut poser des limites, autant le faire de façon raisonnable et juste. Il n’est pas dit par ailleurs que ce modèle d’illimitation porte les promesses qu’il annonce. Comme il n’est pas dit que toute limite porte en elle la frustration. Le capitalisme a pour ressort la consommation qui fonctionne elle même à la frustration. On peut aussi penser une "abondance frugale" (un bon petit livre de Latouche, avec des questions réponses pour briser quelques préjugés sur la décroissance. Editions Mille et Une nuits), ou a une prospérité débarrassée des mille saloperies inutiles qui saturent nos existences.
Bref, au bout du compte, on en vient à des questions sur "qu’est-ce qu’être riche, qu’est-ce qu’être pauvre ?" Qu’est ce qu’un besoin humain ? Est-il naturel, ou social ? S’il y a en lui une part de social (ce que je crois) une société qui fabrique des besoins est-elle bien raisonnable, est-elle plus raisonnable qu’une société qui travaille à les satisfaire et à les limiter ? Le capitalisme veut faire perdre la mémoire aux gens. On n’enseigne plus "les humanités". Les terminales S l’année prochaine n’auront plus d’histoire. "Rien de trop", ce n’est pas un slogan inventé par Latouche, c’était la parole d’un des sept Sages fondateurs de la cité grecque. Toute la culture grecque est une méditation sur la limite. La faute, c’est l’hubris pour un grec, la démesure : sortir de la limite. Et elle est punie par la némésis.
Pourtant je n’aime pas le mot même de "décroissance". Il a le défaut majeur à mon sens de se définir par rapport à ce qu’il rejette, donc d’en être médiatement dépendant.
C’est le problème des "anti" en général. Ils réaffirment ce qu’ils croient rejeter.
La bonne attitude consiste à affirmer, à se définir positivement.
Selon moi, le bon angle d’attaque du problème, ce n’est pas de dire : consommons moins, parce que le monde fini oppose les limites de l’offre à l’insatiabilité de mes désirs, il est de dire : l’attitude intellectuelle — et spirituelle — qui consiste à me définir comme un désir insatiable n’est ni vraie, ni satisfaisante (et insatisfaisante parce que non vraie). Le problème alors n’est plus que nous n’aurons jamais assez de ressources pour nous fournir en choses, le problème est de nous découvrir comme n’ayant jamais eu besoin de ces choses. Au lieu d’organiser la pénurie, et donc un fascisme vert à plus ou moins longue échéance, rétablir un rapport aux choses, aux autres, au monde, qui nous permette de jouir de ce qui existe, sans rien perdre en fin de compte. Un contentement. Donc pas d’ascèse ni de mortification chrétiennes qui sont aussi le fond de commerce des décroissants (avec un brin d’hypocrisie, comme tout ce que le catholicisme secrète)
En fait c’est plutôt la recherche d’une forme de sagesse.
Le problème c’est qu’on n’est pas sage tout seul dans son coin. Or la société de consommation produit — par la propagande publicitaire en particulier — un imaginaire consumériste, soutenu par les pouvoirs parce que sans cet imaginaire, le système se casserait la gueule. Mais :
1) cet imaginaire se soutient également des vrais besoins des gens : se nourrir, se loger, s’habiller, jouir des biens matériels ... plus les besoins sociaux : être reconnu à des signes (prestige des "marques", grosses bagnoles etc.) On peut pas négliger ça, et on se cassera la gueule si on le néglige.
Ce qu’il faudrait faire (?), ce sont des expériences de desengluement, qui prouveraient par l’exemple qu’on peut bien vivre sans toute cette merde, et que la reconnaissance ne passe pas par ces objets transitionnels. Au contraire, ces objets prolifèrent dans la mesure exact où la reconnaissance effective disparaît (les anthropologues ont montré 1) que l’échange marchand n’est pas le seul échange 2) que dans une circulation des biens comme le don/contre don, ce qui est en jeu, ce n’est pas la jouissance des objets, mais la reconnaissance) . Mais, pour ça, il faudrait un contenu idéologique fort, qui structure et soutient les gens et leur permet de faire des sacrifices initiaux. C’est à ça qu’ont servi tous les prophètes et tous les saints, dans toutes les cultures. Ce n’est pas moi qui le dis c’est Bergson. ;-) Et puis ensuite, on pourrait espérer un effet de contagion, sans qu’on ait à culpabiliser personne ni faire la moindre coercition.
2) L’autre problème à ne pas négliger, c’est la pression extérieure. Il est sûr qu’une société qui accepterait brutalement de sortir du modèle actuel se mettrait en position de faiblesse et donc de danger.
Ce sont deux écueils fondamentaux, parce qu’on ne peut les surmonter qu’avec le temps. Or nous n’avons pas de temps. Il y a urgence, le feu est à la maison.
Pour résumer, dans la mouvement de la décroissance, il y a des choses très intéressantes. Il y a de la pensée et un appel à l’imaginaire social et politique. C’est une force de rupture et c’est un embrayeur d’imaginaire. "Il faut rompre et d’abord cesser de vivre dans le monde de l’ennemi", comme dit Rancière. Pour moi, rien que pour ça, les décroissants doivent être défendus.
Tout ça (l’article et ce premier commentaire) est intéressant, très intéressant, voir inspirant
Ah !.. merci pour ces analyses ! ça m’agace tellement quand on fait des "décroissants" des simplets, contents de faire du vélo et de retourner à la bougie.
"le problème est de nous découvrir comme n’ayant jamais eu besoin de ces choses"
...et plus humains, plus heureux, de les avoir virées.
Bin, je suis désolé de ne pas participer à l’euphorie générale... Tout ceci est peut-être un « embrayeur d’imaginaire » (bombix) mais ça embraye rien chez moi ?!... De ce que j’en lis là, dans le message de Bernard J. et bombix, ça ne ressemble même pas à une dénonciation du capitalisme - c’est mon impression en ne lisant que ces messages.
J’ajoute que – addict brocante – je suis preneur de toute choses dont vous n’auriez plus besoin - ou que vous voulez virer pour vous sentir plus heureux.
ça ne ressemble même pas à une dénonciation du capitalisme
Eh bien, ta déclaration ne prouve qu’une chose, c’est que tu n’a rien compris au capitalisme. "tu", pas toi comme être empirique, toi, comme militant et voix d’une organisation révolutionnaire en fin de course. Ce n’est pas toi qui es en cause, c’est l’époque qui s’achève, qui n’en finit pas de mourir, et qui décidément aura été caractérisée par un aveuglement total de part et d’autre. Et la preuve que tu n’as rien compris, c’est que tu parles du capitalisme, alors que le capitalisme ... n’existe pas ! Ce qui existe, c’est le Capital comme processus, avec en son coeur la marchandise. C’est à partir de cette lumière noire, qui induit l’argent comme équivalent universel, qui transforme les producteurs libres en travailleurs/consommateurs aliénés, qui n’exclut rien ni personne, qui mine la vie des travailleurs comme des "capitalistes", transformant les êtres en choses, et poursuivant sa carrière sous la forme d’une accumulation infinie — car telle est sa loi — finira par faire imploser le monde fini, c’est à partir de cette lumière noire qui n’est ni une fantasmagorie, ni un démon, ni une chose naturelle mais un rapport social, apparu dans l’histoire et qui peut donc disparaître, qu’il faut reprendre l’analyse. On doit tout reprendre, tout repenser, jusqu’à la technique, et peut être jusqu’à la science. Y a du boulot.
La décroissance, ce n’est pas un concept. C’est un geste. Ce n’est pas encore de la pensée. C’est la condition de la pensée. C’est le pas de côté de ceux qui cherchent à se sortir d’une société où les pro et les contra marchent ensemble vers le précipice. Le mot a été très mal choisi. Tant pis. Ce qui compte, c’est au-delà des mots, la praxis, comme disaient les vieux marxistes, c’est à dire une activité orientée vers la transformation des rapports sociaux.
(Au fait, à propos de croassement, tu auras remarqué que les grands corbeaux sont solitaires, et qu’ils n’évoluent pas en bande comme les étourneaux.)
tu parles du capitalisme, alors que le capitalisme ... n’existe pas
Je sens bien ce que tu veux dire, mais c’est aller trop vite et on ne va jouer sur les mots. A l’instant où on cause, le capitalisme existe bel et bien et il nous entraine vers le précipice. Que les pro et anticapitalistes jouent la même partie est une évidence. Être contre quelque chose c’est reconnaitre implicitement que cette chose existe. Il est évident aussi que les "contre" sont mal barrés*. Mais on n’est pas encore dans le trou. Faire un pas de côté pour essayer de ne pas se faire entrainer est illusoire. Ça n’est pas dans la tourmente qu’on peut réfléchir mais pourtant il va falloir qu’on le fasse. Nous n’avons pas d’autre solution que d’arrêter la machine pour pouvoir réfléchir, mais après. Car si on ne l’arrête pas, elle nous emportera, c’est inévitable. C’est la seule urgence. Nous n’avons pas d’autre alternative que d’essayer d’arrêter cette folie. Sinon, ce sera sauve qui peut.
* Regardez cette interview de la BBC réalisée il y a seulement un mois. C’est sous-titré en français, ça dure 3 minutes. Et c’est effarant.
Bombix : « Et la preuve que tu n’as rien compris, c’est que tu parles du capitalisme, alors que le capitalisme ... n’existe pas ! Ce qui existe, c’est le Capital comme processus, avec en son coeur la marchandise. »
Ça ferait rire même un cheval de bois, n’est ce pas ? Laissons cette langue biseautée aux gens de la politique professionnelle. Le capitalisme existe – sinon alors va falloir corriger plein de textes parus dans l’Agitateur, y compris les tiens (mais pas les miens). Et hum, désolé : je ne sens pas comme Bernard J., je ne sens pas du tout ce que ça veut dire ta formulation - à part nous faire un jeu d’amour, mourir, vos beaux yeux etc.
Et je réitère pile-poil mon humble message précédent. La réponse alambiquée n’ayant pas eu l’heur de me fournir quelques idées.
La réponse alambiquée n’ayant pas eu l’heur de me fournir quelques idées.
Tant pis.
sinon alors va falloir corriger plein de textes parus dans l’Agitateur
J’y consentirais parfaitement pour les miens ;-) Mais comme je doute que ça intéresse grand monde, je vais plutôt essayer d’en écrire d’autres moins imprécis. ;-)
Au passage, j’en connais un qui évite d’utiliser le mot "capitalisme" et "capitaliste", qui préfère "Capital" et "mode de production capitaliste", comme il ne dit pas "travailleur" mais "producteur" et voit le communisme comme une "association des producteurs". C’est un politique à la langue biseautée, il s’appelle Karl Marx. Dans le Manifeste du parti communiste (1847), le 1er chapitre est intitulé "Bourgeois et prolétaires". Une note de Engels, de 1888, précise : "Par bourgeoisie, nous entendons la classe des capitalistes modernes, propriétaire des moyens de production et exploitant le travail salarié." L’ambiguïté de cette formulation — de Engels et non de Marx, tu noteras — c’est qu’elle identifie le capitalisme à une substance, le capitaliste à une entité sociale figée (le gros bourgeois plein de fric) Si on parle de Capital (comme processus) et non de capitalisme (comme substance) on peut comprendre que la socialisation du Capital (ex. dans les fonds de pension qui gèrent les intérêts des retraités par exemple) ne signifie pas son extinction, mais son apogée sous sa forme pure. Comme le dit Denis Collin dans son dernier bouquin : alors "ce ne sont pas les classes qui rentrent en lutte, mais la lutte qui fait les classes. Et les individus se disposent autour de cet opérateur "lutte des classes". Raison pour laquelle il vaudrait mieux éviter ce terme de capitalisme et utiliser des concepts plus précis — comme celui de marchandise — qui rendent compte de la réalité du Capital comme processus, et non du capitalisme comme substance. Ce ne sont pas des débats byzantins, puisque comme tu le vois, de là en découle directement la vision qu’on peut avoir de la lutte des classes, et de certains mythes de la classe ouvrière comme classe universelle par qui advient la révolution. C’est ce que je voulais dire quand je disais "le capitalisme n’existe pas". Mais je conçois que tu vas avoir du mal à me suivre sur ce terrain. ;-)
Y’a qu’à regarder un Dico et à coté le petit Manifeste du Parti Communiste pour se dire illico que y’a pas que le mot "capitalisme" qui est absent du Manifeste – y’en a qui doivent avoir des infos que je n’ai pas pour savoir que nos deux auteurs ont "évité" certains mots.
Stoooop au feu ! Je ré-réitère benoitement (faut-il donc que je trisse ?) ma petite remarque du début.
Je suis pas du matin, moi... Là, au dessus, j’ai oublié de signer.
Attention quand même à ne pas tomber dans l’angélisme face à la décroissance qui se base, bien souvent, sur une logique presque naturiste.
Les échanges marchands, et par extension le capital ne sont pas un mal s’opposant au bien absolu du don et des échanges non marchands.
Prenons exemple de l’habillement. Un décroissant va sans doute vous dire que la mode, c’est mal, ça oblige les gens à jeter des vêtements à peine usés pour en racheter des nouveaux. C’est vrai, mais ce n’est pas une raison pour en conclure que l’habillement est une futilité qui ne mérite aucun intérêt. Sans l’habillement, ou du moins si personne ne s’en préoccupe (et à avoir croisé quelques decroissants, ils s’en préoccupent peu), il ne reste plus que ce que la nature nous à donné, et GADLU sait à quelle point cette garce est profondément inégalitaire.
Les échanges non marchands sont quand même très dépendants de ce que la nature nous a donné. Si on a la malchance d’être empoté et associal, on a peu de chances d’obtenir de la reconnaissance.
Regardez les réseaux sociaux qui sont, quand même, un terrain notable en matière d’échanges non marchands : il y a de profondes inégalités entre ceux qui en sont membres, ne serait-ce que par une grande disparité de popularité.
L’avantage du capital, et donc de sa concrétisation en échanges marchands, c’est qu’on peut le redistribuer. Alors oui, il faut lutter contre le consummerisme fou et non, on ne peut pas créer toujours plus de richesses, mais il ne faudrait pas non plus croire que se débarrasser du matérialisme serait une idée plaisante.
Sans l’habillement, ou du moins si personne ne s’en préoccupe (et à avoir croisé quelques decroissants, ils s’en préoccupent peu)
Tiens, revoila Juju. Toujours des vrais problèmes, qu’il a Juju. Hier "quelle voiture vais-choisir" aujourd’hui, "quelles fringues vais-je me mettre" ! Merci Juju en tous cas de nous avoir expliqué comment reconnaitre un "décroissant" : il est mal fringué. Si ça se trouve, en plus, il pue, non ? Dis-nous !
Il semblerait plutôt que les décroissants soient presque tous nus selon J. Debord. :-)
"Attention quand même à ne pas tomber dans l’angélisme face à la décroissance qui se base, bien souvent, sur une logique presque naturiste."
Bon, dans les mouvements décroissants, y’a des "trucs" qui craignent, en effet. Il a raison. Pas tomber dans l’angélisme. Il y a des fafs dans les décroissants. Je ne parle pas des organisateurs des Cafés Décroissants à Bourges. Mais, les "bons décroissants", devraient, à mon sens, bien poser les "limites" de leurs projets et (s’) interroger sur ce qui peut verser vers un fascisme, intégrisme, dans leurs théories, praxis, etc...). Ils n’en ressortiraient alors que plus clairs vis-à-vis d’auditeurs, personnes intéressées par les pratiques et théories décroissantes, lecteurs, néophytes. Perso, je comprends complètement que les mouvements décroissants puissent inquiéter et faire dire un peu n’importe quoi du coup. Bref, je crois qu’il y a "du ménage" à faire dans les mouvements décroissants.
1. La décroissance à ma connaissance n’est ni un parti politique, ni même une organisation du genre Attac. Pour « faire le ménage », il faudrait déjà qu’il y ait un lieu pour le faire, et des gens habilités à le faire. Dans une organisation, ça s’appelle exclure. Si pas d’organisation, alors pas d’exclusion.
2. Le message de Julien Debord mélange un peu tout.
a) Il y a une confusion avec la « deep ecology », l’écologie profonde qui relève en effet souvent du « naturisme ». Et le naturisme – c a d le retour à un « état de nature » intégral — peut parfois être un élément qui nourrit des pensées réactionnaires. De là à parler de fascisme ... Les fascismes du XXème siècle étaient des mouvements politiques complètement ancrés dans la modernité. Les premières autoroutes sont construits par les nazis par exemple. Dans la pensée de la décroissance, — celle qui m’intéresse en tout cas — il y a, associée à un souci écologique une critique sociale, radicale dans sa démarche, héritière de ce grand mouvement qui porte l’espoir de l’émancipation des peuples. Charbonneau ne dissocie pas le sentiment de la nature comme force révolutionnaire et la défense de la liberté, la critique de l’Etat totalitaire. C’est même son originalité de voir qu’une même logique est à l’oeuvre dans la destruction de la nature et dans la mise en place des totalitarismes. (C’est curieux de constater que presque à la même époque, Tolkien délivre le même message sous une forme poétique et imagée. Le Seigneur des anneaux est un texte beaucoup plus profond qu’il n’y parait) Je signale au passage que les tentatives théoriques pour disqualifier l’écologie politique, par exemple les travaux de Luc Ferry, attaque l’écologie sur son versant réac (qui existe, il faut bien le reconnaître) pour la nier sur son versant contestataire, et ainsi justifier l’ordre établi néo-libéral. Attention, donc, à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
b) Autre confusion. Confondre le mode de production capitaliste et l’échange marchand. Il y a eu des marchés avant la naissance du capitalisme. Le capitalisme ne s’identifie pas au marché. Aristote déjà distinguait l’économique de la chrématistique. Marx caractérise le processus capitaliste par la substitution du schéma M->A->M au schéma A->M->A’ ou « ’ » représente la plus-value réalisée dans l’échange. Dans le premier schéma, je vends un produit pour en acheter un autre et j’utilise la médiation de l’argent, sans quitter la valeur d’usage. Producteur de blé, je vais pouvoir acheter du tissu pour me vêtir, tandis que le producteur de laine va pouvoir se nourrir avec le blé qu’il m’achète. Dans le second schéma, j’utilise l’argent pour acheter une marchandise que je revends pour gagner plus d’argent. Ce "reste" va pouvoir être l’amorce d’un processus d’accumulation du capital. Ce ne serait pas possible si, à la valeur d’usage de la marchandise ne se substituait pas alors une valeur d’échange, grâce à l’argent, équivalent général. Ce qu’il faut remarquer aussi, c’est que dans le mode de production capitaliste, tout, absolument tout, peut se transformer en marchandise : l’argent lui-même, sous la forme du crédit, et le travail qui devient selon l’expression "une ressource humaine".
Sortir du capitalisme, ce n’est pas forcément signer la fin du marché. C’est remettre le marché à sa place, sortir du règne de la marchandise. Par exemple, pour Polanyi qui n’est pas marxiste, l’encastrer à nouveau dans le social, alors qu’aujourd’hui, le social est encastré dans le marché.
c) A propos de vêtements : la décroissance n’est pas une critique radicale de la culture. Comme si on pouvait imaginer un être humain non culturel, une sorte de bon sauvage nu et sans besoin. C’est absurde tout simplement. L’être humain est un être de besoins, comme tous les êtres biologiques, mais en plus, comme être social, c’est un être qui invente ses besoins. La question qui se pose ici porte sur la détermination et la régulation des besoins. Car si nous pouvons toujours inventer des besoins — et un univers ou règne la marchandise fonctionne à partir de ce moteur, et c’est pourquoi la décroissance attaque le Capital en son coeur —, nous rencontrons des limites dans nos possibilités de les satisfaire. Ca, je crois que c’est nouveau dans notre prise de conscience, par rapport aux penseurs du XIXème siècle. Hegel parle du "cercle des besoins" qui produit la culture, et il ne voit pas de raison de le limiter. C’est dû, mais ce serait un peu long à expliquer, au christianisme, qui marque beaucoup l’Occident, et qui associe l’idée de liberté et l’idée d’infini. Les grecs étaient me semble-t-il plus sages. On peut le voir dans le mythe de Prométhée. Prométhée invente la technique pour suppléer à la bêtise de son frère Epiméthée. Le mythe raconte que Epiméthée étant chargé par les Dieux de distribuer les biens aux mortels, quand vient le tour de l’homme, Epiméthée a tout distribué (aux oiseaux les ailes, les griffes aux rongeurs etc.) mais qu’il a oublié l’homme. Prométhée vole le feu et alors, l’homme peut s’en sortir en inventant les outils dont il a besoin. Mais ainsi, il rentre en conflit avec les Dieux. Donc Prométhée est à la fois celui qui nous sort d’un mauvais pas, et celui qui est frappé pour son hubris (la démesure). En fait ce que dit le mythe, c’est que comme êtres culturels, ayant la faculté d’inventer nos besoins et les outils pour les satisfaire, nous sommes toujours en danger de dépasser la limite. Les grecs avaient une conscience aiguë de la nécessité des limites. L’illimité pour eux n’était pas associé au bien mais au mal.
Peut-on imaginer figure plus adéquate de l’illimitation que l’argent, le fric ? On peut toujours ajouter des zéros au zéros parce que les désirs censés être satisfaits par ces sommes gigantesques seront par essence toujours illimités. La sagesse s’oppose à ce processus d’illimitation.
J’ai parlé du mythe de Prométhée, mais en fait, on pourrait retrouver la même sagesse dans certains contes de fées. Par exemple Jack et le haricot magique, un conte qui apparaît en Angleterre au XVIIIème siècle, au début de la révolution industrielle, et ce n’est sans doute pas un hasard. Il y a un très beau commentaire de B. Bettelheim dans sa Psychanalyse des contes de fées. Mais BB se limite à l’aspect psychologisant : le conflit avec le père, l’oralité et la nécessité de la dépasser etc. On pourrait faire aussi une analyse sociologique car il ne manque rien dans la description du capitalisme naissant : la vache échangée contre les graines (valeur d’usage contre valeur d’échange) ; les graines qui produisent à l’infini : le haricot "géant" qui abrite un véritable monde (l’argent comme équivalent général qui enfle à l’infini) ; l’appropriation initiale et sa violence : le conte est immoral, Jack est un voleur, comme les capitalistes expropriateurs. Mais alors un moment donné, il se passe quelque chose d’intéressant : alors qu’il a volé l’oie qui pond des oeufs d’or, donc qu’il a réalisé le rêve du système, (de façon fantasmagorique naturellement, dans la réalité, on le voit en ce moment, ce n’est pas si simple) ça ne lui suffit toujours pas. Il remonte dans le haricot et rapporte la harpe. Là, il se réalise vraiment. Il va couper le haricot avec une hache, il n’aura plus besoin d’y remonter. La harpe symbolise la réalisation esthétique : j’investis mon désir non pour la satisfaction de mon ventre, pour satisfaire mes besoins naturels et/ou sociaux, mais dans une activité, la musique, où mon esprit et mes sens sont comblés. Là est mon humanité. Dostoievski dira un peu plus tard : "La beauté sauvera le monde". Jack et le haricot magique nous montre ce que cette formule énigmatique peut signifier.
d) La question de savoir si l’humanité accède à elle-même quand elle a rempli son ventre (comprendre quand nous sommes réduits à n’être que des homo oeconomicus) donne enfin l’occasion de s’entendre sur le matérialisme. Et là, que de confusions et de préjugés faciles encore. Le matérialisme est une doctrine métaphysique qui postule qu’en dernière instance, il n’y a que la matière comme principe explicatif du monde. C’est à partir de la matière qu’on peut et qu’on doit appréhender la totalité des choses, y compris ce phénomène étrange qu’est la conscience et qui fait qu’une matière peut être pensée. Etrange, car à bien y réfléchir, il y a hétérogénéité absolue entre la pensée et la matière. Mais les matérialistes affirment qu’on peut réduire cette hétérogénéité. S’il n’y a « que » la matière, la totalité des états du monde est explicable à partir d’elle. Ils nient donc toute transcendance et sont monistes (un seul principe explique le monde). Le matérialisme est une doctrine rationnelle, car elle ne postule pas des principes au-delà de ce qui est saisissable dans le monde, pour rendre compte du monde : immanence. Au contraire, les religions, en affirmant l’existence d’un au-delà, s’opposent aux matérialismes. Le monde s’explique par une instance séparée du monde : transcendance. Les religieux traitaient facilement les matérialistes de jouisseurs sans morale, ravalés au niveau des bêtes (Molière : "Tu vois en Dom Juan, mon maître, [...] un hérétique, [..] qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure"), et par renversement, on a supposé tout jouisseur ou tout hédoniste sans morale et donc "matérialiste". On a même soupçonné les jouisseurs de justifier leur immoralité par le matérialisme, doctrine bien utile car elle justifiait leurs intérêts immédiats. Ce qu’il faut marquer fortement ici, c’est que la religion n’a pas le monopole de la morale. Le curé n’est pas mieux placé que l’instituteur pour instruire les enfants sur ce sujet, si vous voyez à quoi je fais allusion. Un être est moral quand il se donne des règles qui disent le juste et l’injuste pour guider son action. Les matérialistes athées pensent que ces règles peuvent être déterminées de façon autonome, par l’exercice de la raison. La pensée religieuse pense que ces règles nous viennent d’une source transcendante (révélation). Etre matérialiste n’empêche pas d’avoir des idées, et même d’être idéaliste, c’est à dire contester l’état des choses et du monde au nom de l’idée d’un monde plus juste et mieux organisé. Le débat entre les matérialistes et ceux qui ne le sont pas porte uniquement sur l’origine des idéaux, des normes, des valeurs qui guident l’action, pas sur leur existence ou leur inexistence. On peut donc tout à fait critiquer le capitalisme et être matérialiste, d’un point de vue métaphysique. Je dirais même qu’il y a une plus grande dignité à respecter des règles et des idéaux qu’on s’est fixés, plutôt qu’à suivre des préceptes qui nous sont imposés par une tradition religieuse. Outre qu’elle est souvent suspecte, parce que très compromise avec les pouvoirs, s’en déprendre, c’est conquérir son autonomie. C’est être parvenu à un stade adulte de son développement. Ce que le vieux Kant avait frappé d’une formule : "Sapere aude". Ose savoir, ose te servir de ton entendement. Tu ne seras pas un être moins moral ou moins idéaliste. Tu seras un véritable être moral.
Quelques, en effet ;-) Merci, en tous cas !
En effet, la décroissance n’est pas un parti politique. Quoique si, de ci de là, il y a le parti de la décroissance (qui s’est présenté à des municipales, et je crois bien même à des européennes). En effet, la décroissance n’est pas ce qu’on pourrait appeler une organisation. Je dirais même que c’est assez bordélique à comprendre : il y la es objecteurs de croissance, et à Bourges, par exemple il y a les décroisseurs berrichons, qui ne sont donc pas des objecteurs de croissance. Paul Ariès s’est fait jeter du journal la Décroissance par je crois Vincent Cheynet, ou Clémentin. Je ne sais plus. Bref, ils s’engueulent tous. Ou ils débattent, pour être poli. Etc, etc.... Paul Ariès, est je crois, au parti de gauche. Mélenchon commencerait à avoir des discours anti-productivistes, etc etc...Les représentants connus d’Attac et de la Décroissance se rencontrent etc.....
Cela manque de construction à mon sens, et comme tout mouvement qui manque de construction solide, c’est vulnérable, et donc poreux, sans protection : en l’occurrence, ici, la décroissance peut devenir réactionnaire, fascisante, intégriste etc..... et embarquer des gens dedans qui n’y verront que du feu (au début en tous cas) . Pour intégrer, faire la décroissance, je crois, qu’il faut être politisé (je ne mets pas en lien, mais vous verrez par exemple en cherchant sur google que les identitaires crééent des amap, que Egalité et Reconciliation (Soral) se réclament de la décroissance, etc.....)
Vous avez sans doute raison, vous connaissez mieux ces groupes ou parfois ces "sectes" que moi. En fait, moi je rentre là-dedans à partir de lectures des "pères fondateurs" — et pas tous encore, je n’en suis qu’au début, pas à partir des débats qui existent dans les organisations ou groupes réels. Et puis je mets ça un peu à ma sauce aussi, à partir des problèmes qui me préoccupent. Ceci dit, on pourrait sans doute voir le même chaos et les mêmes dérives à partir de toutes les idéologies naissantes. En gros, il y a d’abord l’intuition de "quelque chose", puis les mots, les concepts, les théories pour la dire. Alors à ce niveau là, il y a toutes les incompréhensions, toutes les confusions, toutes les récupérations aussi, possibles.
Pour Aries, malgré toute la sympathie que je peux avoir pour ce tribun puissant et sincère qu’est Mélenchon, ça me semble complètement à côté de la plaque. Je ne pense pas que le PG et le PCF ait renoncé au productivisme. Je suis allé écouter Mélanchon hier dans l’Allier, j’ai entendu à plusieurs reprises les orateurs à la tribune louer le TGV. Ils sont encore dans ce trip là : les soviets + l’électricité, comme résumait la chose Lénine.
Quant aux fachos, oui, possible, parce qu’il y a à l’extrême droite tout un courant contre-révolutionnaire qui est aussi un courant anti-capitaliste. Le capitalisme a été révolutionnaire, et continue de l’être, qu’on se le dise. Quand on a identifié la gauche au progressisme, on n’a pas fait gaffe qu’on pouvait embarquer dans nos bagages un aspect du capitalisme. En identifiant l’émancipation à une critique du progressisme, à certains de ses aspects, on aurait intérêt à ne pas mettre dans nos bagages les nostalgiques de l’ordre ancien, avec bottes et schlague. En clair, la porte est étroite. Vous en appelez à la vigilance. Vous avez raison. Pour finir sur l’extrême droite : c’est une idéologie, un ensemble de discours qui n’est pas forcément cohérent, mais qui lie dans un tout des aspirations réactionnaires, avec à la base un ressentiment social très profond. Ce sont des affects très négatifs emballés dans un récit qui les justifie et les fouette. Le FN était néo-libéral à fond dans les années 80, admirateur de Reagan. Maintenant, il développe une espèce de discours presque anti-capitaliste. Ca ne les derange pas, ils s’en foutent. Comme pour le joueur de flûte, ce qui est important, ce n’est pas la musique, c’est de pouvoir capter un auditoire. Ils promettent de nous délivrer des rats. Ils emporteront nos enfants et les noieront.
Bah, je ne sais pas si j’appelle à la vigilance, je pense juste que lorsqu’on propose à une population une rupture, (ce qui n’est pas rien) au cours de conférences, réunions, articles, livres, on se doit d’être responsable vis-à-vis d’elle. Ceci dit, je comprends complètement que les décroissants de gauche ne veulent pas passer leur temps à justifier que leur décroissance n’est pas fascisante, régressive (casse des acquis sociaux, des luttes collectives par exemple.). Ca doit être pénible, à force. Mais, je pense qui si des "droitistes", des "extrêmes-droitistes" parviennent à semer la confusion, c’est qu’il y a confusion possible. Lutte Ouvrière est hermétique à la décroissance, une bonne partie du PC aussi : je peux comprendre. Quand on lit certaines ’thèses" décroissantes, on peut se dire : "putain ! mais ils cassent tout ce que nous avons péniblement structuré, acquis".
Le journal La Décroissance est à la fois extrêmement individualiste pour certains articles ( genre : " Moi, Lucette, mon mari Richard, mes 3 enfants Gladys, Kévin et Prune, je témoigne que j’ai abandonné mon portable, ma voiture, et que c’est le bonheur intégrale") et interessants par d’autres articles politisés. J’ignore si on a encore droit à quelques articles spiritualistes qui peuvent carrément inquiéter, je ne le lis plus. Mais je conçois complètement que si on est de LO ou du PC, ou politisé "traditionnellement " de gauche, on s’emmerde ferme à la lecture de ce journal et de bien d’autres revues écolo.
Bon, deux possibilités : soit ça les emm... ferme comme vous dites, parce que c’est niais. Possible. Cependant, des niaiseries, je voudrais pas dénoncer, mais vous en trouverez à la pelle chez LO et dans l’Humanité aussi. ;-) Soit parce que théoriquement, philosophiquement, et politiquement, ça les heurte. Dans ce cas là, c’est pas la niaiserie qui arrête, mais l’intelligence. Je veux dire, c’est intelligence contre intelligence (et non : la décroissance, voilà les vrais intelligents !) On est dans un choc de "paradigmes", de visions des choses. Certains débats ou plutôt non débats — sur le nucléaire par exemple — qu’on a eu ici tendraient à le montrer ...
Quand on lit certaines ’thèses" décroissantes, on peut se dire : "putain ! mais ils cassent tout ce que nous avons péniblement structuré, acquis".
Quand on voit où on en est dans ce pays et en Europe, on se dit qu’ils (la gauche traditionnelle) n’avaient pas besoin de la décroissance pour se casser la gueule en beauté. Le détricotage, ils l’ont fait tout seuls, comme des grands. Petite provoc : l’intersyndicale et le front des luttes, ou figure ensemble la CFDT et Solidaires, c’est bien aussi confus que le mot décroissance dans la bouche d’Alain de Benoist. ;-)
Aucun problème pour moi quant à votre "provocation" et le reste de votre post.