Un an pour donner de la voix
Dans un an, en Mai 2012, on parlera encore et toujours de l’élection présidentielle française. Comme on en parle depuis 2007. Ou depuis 2002. En ce début de Mai 2012, Sarkozy, sauf événement particulier, sera encore président. Pour quelques jours peut-être. Ou pour 5 ans encore.
L’élection du monarque présidentiel ne sort plus des têtes, des ambitions. C’est l’élection non-stop. La campagne non-stop. Que ce soit du côté du pouvoir et du gouvernement que du côté des oppositions, de droite et de gauche. La faute au quinquennat. Mais à l’époque du septennat, ce n’était guère mieux. Le mal est plus profond. La Vème République, taillée sur mesure pour De Gaulle, n’y est pas pour rien. Le problème, c’est que le Président de la République n’est plus l’homme providentiel depuis très longtemps. Nos institutions sont obsolètes, elles ne sont plus adaptées à l’époque. C’est une démocratie datée et plus qu’imparfaite. Mais quel candidat osera réellement s’attaquer à une institution qui pourrait le porter au sommet d’un pays, la France ?
À un an de l’échéance, on va rentrer dans le vif du sujet. Les bilans et les projets bien sûr. Mais surtout, la personnalisation, le mal de cette élection. À droite, ce sera moins simple que prévu. Le très mauvais bilan de Nicolas Sarkozy, son impopularité record, est matérialisé par la multitude d’ambitions qui naissent à droite et au centre. Ces ambitions naissantes sont la véritable preuve de l’échec de la politique de Sarkozy qui, même dans son camp, n’est plus intouchable. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne sera pas réélu. À gauche, ce sera très compliqué. La gauche est plus que jamais divisée. Le principal parti de gauche, le parti socialiste est très contesté et affaibli par des années d’errance et par l’absence d’un véritable leader incontesté. À un an de l’élection, difficile de prévoir quoi que ce soit. Tout est possible.
Dès à présent, la conquête du pouvoir s’organise. À toutes les échelles politiques du pays, du responsable national au militant local. Car derrière l’élection présidentielle se cache une élection bien plus importante, les élections législatives. Ce sont les législatives qui permettent réellement de gouverner. Et si les enjeux sont nationaux, les ambitions sont locales. Pour pouvoir espérer être élu, un des atouts est d’avoir misé sur le bon cheval lors de l’élection présidentielle. Dans le Cher, les deux députés de droite, godillots assumés de l’UMP, Louis Cosyns et Yves Fromion devraient, sauf surprise, soutenir Nicolas Sarkozy. Serge Lepeltier aura t-il le temps de rouler écolo pour Jean-Louis Borloo ? Cela fera partie des petites distractions locales. Pour les élus locaux de gauche, ce sera encore plus compliqué. Côté communiste, Jean-Claude Sandrier soutiendra t-il la candidature à la candidature du communiste d’André Chassaigne ou bien celle de l’ex-socialiste et désormais allié au Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon ? Yannick Bedin a déjà choisi. Mais devra peut-être rentrer dans le rang, Mélenchon semblant avoir la cote, côté dirigeants communistes. Au Parti Socialiste, dès juin, la bataille des personnes risque de faire rage. Irène Félix qui roule habituellement pour Martine Aubry, en cas de non candidature de sa championne, se consolera t-elle avec le très droitier DSK ou avec le bonhomme Hollande ? Yann Galut parviendra t-il à faire un choix ? À l’extrême gauche, pour qui rouleront les militants ?
Bref, vous l’avez compris, au niveau local aussi, les feuilletons people politiques risquent de nous distraire. Et c’est bien là le problème. Car derrière ces enjeux politiciens, on risque de passer à côté de l’intérêt des élections, c’est à dire le débat d’idées. À l’Agitateur, fidèles à nous mêmes, on tentera de sortir des ornières de la personnalisation pour participer et contribuer au débat sur l’avenir de notre pays, l’avenir de tous les français. Et comme toujours, c’est votre participation au débat qui en fera le succès. On compte sur vous pour faire un peu plus que mettre un bulletin dans l’urne et nous sortir du spectacle désolant de la politique academy. La société du spectacle ne peut pas être notre seul horizon. L’indignation, la révolte passe d’abord par l’expression en toute liberté. Et s’exprimer, c’est déjà se donner une chance d’être écouté. Il nous faudra pour cela donner de la voix.