Pour saluer Michéa

dimanche 1er mai 2011 à 07:51, par bombix
Pour saluer Michéa

Jean-Claude Michéa est probablement, parmi les intellectuels contemporains, l’un des plus précieux pour comprendre notre époque. Dans une langue claire, sans jargon, il déroule une analyse de la modernité et sonde les assises de ce qu’il nomme « la civilisation libérale ». Après les guerres de religions, au XVIème siècle, le christianisme s’étant définitivement disqualifié, on entreprit de reconstruire le pacte social non sur des valeurs, mais sur l’absence de consensus au sujet des valeurs. On avait saisi que l’intérêt bien compris n’est pas ce qui apporte la discorde, mais « le moindre mal » qui permet de fonder le vivre-ensemble. C’est la leçon répétée de Mandeville comme d’Adam Smith.

Seulement, on ne peut pas fonder le tout des échanges sur l’intérêt. Dans nos échanges [1] , il reste une part non négligeable pour ce qui demeure « hors prix ». L’espace du don est inséparable de notre humanité. Dès lors la civilisation libérale, qui organise et planifie la marchandisation forcenée de tout ce qui existe — et jusqu’aux corps (cf. l’échange sur la prostitution) — est aussi (est surtout) le lieu d’émergence d’une nouvelle barbarie.

C’est en lecteur attentif de Georges Orwell que Michéa cartographie les contours de la barbarie qui vient. Orwell avait analysé les ressorts des totalitarismes stalinien et hitlérien, les frères ennemis si proches. De même, la droite et la gauche libérales ont un même fond commun. Il est de mauvaise méthode de séparer libéralisme politique et libéralisme économique. C’est un système cohérent qui, partant de la liberté, secrète l’aliénation.

L’impasse du libéralisme, c’est qu’il est incapable de fonder quelque valeur que ce soit. L’égoïsme n’engendre que l’égoïsme. La transubstantiation du mal en bien n’aura jamais lieu.

Une grande part des échanges humains demeurent dans le hors prix. Le don, comme l’a montré Marcel Mauss, n’est pas un échange économique déguisé. Il y a du don. Les rapports entre les gens ne sont pas uniquement intéressés, cantonnés au registre strict de l’utilitaire. Sensible encore à la leçon d’Orwell, Michéa montre que ce n’est pas chez les intellectuels — si facilement aveuglés, dupes et vaniteux — qu’il faut chercher cet essentiel oublié, mais en prêtant attention aux leçons de vie des petites gens, des modestes, des simples. Ceux-là savent. Ils n’ont pas perdu la notion de ce qu’est la « common decency », la décence commune.

Comment traduire ce concept orwellien, qui revient si souvent sous la plume de Michéa ? Peut-être en parlant de dignité. Revendiquer son humanité, c’est revendiquer sa dignité. C’est séparer et hiérarchiser le domaine des choses et le domaine des êtres. Un être est digne dans la mesure exacte où il se différencie d’une chose. L’humanité en nous se mesure à cela qui reste sans mesure.

Il est arrivé une aventure singulière au mouvement ouvrier. Il fut à ses origines une revendication pour une vie décente, humaine, contre les dégradations et l’esclavage mis en branle par la révolution industrielle et le capitalisme naissants. Mais bientôt, et Marx a une certaine responsabilité ici, on se mit à intégrer les promesses de la science et de la technique dans le projet socialiste. Par une sorte de perversion, ce n’était plus l’homme qui était placé au centre du projet, mais une humanité idéale, une véritable surhumanité [2] , qui verrait le jour au moment de la parousie, plus tard, à la fin des temps, après l’histoire. Et qu’importe les copeaux. La machine totalitaire était en marche.

Les solutions ne sont pas à chercher dans un progrès illusoire, mais dans un mouvement de retour aux valeurs initiales, qui met l’homme au centre de nos préoccupations. À une époque où tant de « progressistes » épousent la spirale infernale qui écrase partout la figure de l’homme, où tant de promesses de libérations n’ont abouti en définitive qu’à rajouter du poids à nos chaînes déjà lourdes, il faut revenir aux fondamentaux, simples, évidents.

« La liberté est l’un des ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens », disait Valéry. Et certes, la liberté n’a pas de sens en elle-même. Notre liberté n’a de sens que par le projet qu’elle porte. La liberté peut faire de nous des égoïstes esseulés, jouisseurs et bientôt déprimés [3] : c’est la liberté du libéral-libertaire. De cette liberté-là, il faut se libérer.

Mais la liberté peut aussi porter la vie. Elle a le visage de l’amour et de l’amitié. Et dans l’ordre politique, elle se nomme justice. Dans tous les cas, elle n’est jamais une solitude. L’autre limite ma liberté, mais sa rencontre est aussi ce qui me fait être, et qui rend une vie d’homme digne d’être vécue.

Pour lire J.C. Michéa

Son livre le plus important, la somme théorique du travail du philosophe :

— L’Empire du moindre mal : essai sur la civilisation libérale, Climats, 2007.

Pour prendre connaissance de l’oeuvre, un recueil d’articles et d’entretiens, faciles d’accès, en livre de poche :

— La double pensée. Retour sur la question libérale, Champs-Flammarion, 2008.

Michéa lecteur d’Orwell :

Orwell, anarchiste tory, Climats, 1995.

Je terminais cet article qui à l’origine n’était qu’une notule pour présenter la vidéo de J.C. Michéa dans la revue du Web, quand je suis tombé sur la Une de l’Est Républicain du 30 avril. En commentaire de la photo pleine page du mariage de Kate et William, cet encadré : « Unique. On peut tout acheter, des JO, une coupe du monde de football, une conscience ... mais pour rester dans l’histoire, il n’y a vraiment que les Windsor... » Ainsi, la fascination pour les grelots et les paillettes de cette monarchie en carton pâte n’aurait pour autre ressort que le désir dans l’imaginaire populaire du maintien d’un espace hors prix, dont relève justement la monarchie anglaise. La dernière chose qui ne s’achète pas ici-bas, c’est l’appartenance à la famille royale. Je vivais à l’époque où finissait les rois, chantait Apollinaire. Erreur. La démocratie, et la civilisation libérale qui lui est attachée, est la chance pour « les rois » d’une très très longue vie. Sur le mode spectaculaire, il est vrai.

[1L’homme n’est pas une monade mais un être qui échange : des paroles et des biens. Le groupe social, en imposant l’exogamie ou en condamnant l’inceste, organise la circulation des personnes pour lutter contre la sclérose de la famille, du groupe ou du clan. Tous les anthropologues sont d’accord pour souligner ce fait premier qui fonde la culture.

[2Pour mesurer la démesure du projet, il n’est que de relire certaines pages de Trotsky. Dans Littérature et révolution, il parle de la société communiste qui, « accomplie, aura rejeté l’âpre, l’abrutissante préoccupation du pain quotidien, où les restaurants communautaires prépareront aux choix de chacun une nourriture bonne, saine et appétissante, où les blanchisseries communales laveront proprement du bon linge pour tous, où les enfants, tous les enfants, seront bien nourris, forts et gais, et absorberont les éléments fondamentaux de la science et de l’art comme ils absorbent l’albumine, l’air et la chaleur du soleil [...] L’homme qui saura déplacer les rivières et les montagnes, qui apprendra à construire des palais du peuple sur les hauteurs du mont Blanc ou au fin fond de l’Atlantique, donnera à son existence la richesse, la couleur, la tension dramatique, le dynamisme le plus élevé [...] L’homme moyen atteindra la taille d’un Aristote, d’un Goethe, d’un Marx. Et au dessus de ces hauteurs s’éléveront de nouveaux sommets. » Olivier Besancenot a révisé « légèrement » à la baisse l’idéal trotskyste. Pour lui, « La Révolution, c’est de permettre à l’individu de s’éclater complètement. » (cité par P.A Taguieff, in Le sens du progrès)

[3La dépression est le symptôme qui révèle le mieux le malaise contemporain. Le marché des psychotropes est en plein essor, particulièrement en France. L’oeuvre d’un Michel Houellebecq — génial dépressif ! — est précieuse en ce qu’elle dresse un constat honnête, et désespéré, de notre situation réelle.


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Pour saluer Michéa - bombix - 19 octobre 2011 à 22:58

Déniché, sur le site palim-psao, une critique intelligente et pertinente de l’Empire du moindre mal de J.C. Michéa, par Anselm Jappe. Hélas, le texte est difficile, commes tous les textes de cet auteur. Je tenterai un résumé :

Jappe rend hommage à Michéa pour avoir focalisé sa critique « sur le statut réel des sujets créés par le capitalisme ». Le capitalisme n’est pas conservateur par essence. Les combats de la gauche soixante-huitarde se sont révélés solubles dans les nouvelles formes du capitalisme. Cette critique, précise Jappe, n’est pas réactionnaire, mais « est conduite au nom du projet moderne d’émancipation ». La force de Michéa écrit Jappe est « d’insister sur la nécessité d’une réforme morale pour sortir du bourbier de la société marchande ».
Les objections de Jappe portent sur « le refus de Michéa de reconnaître la centralité de la critique de l’économie politique », sur le peu de pertinence d’en appeler au « peuple », et à la « common decency ».
En portant l’accent sur la critique de l’économie politique et le fétichisme de la marchandise, la critique radicale de la valeur met en effet à jour les racines métaphysiques du capitalisme, et souligne ce fait capital que les catégories de base de la société capitaliste - la marchandise, la valeur, le travail, l’argent, le capital, la concurrence, le marché, la croissance - sont des catégories appartenant à la seule modernité capitaliste. En outre, elle prend en compte les processus réels, et non les souhaits des sujets : « Le système en tant que tel ne marche pas essentiellement parce qu’il est approuvé par ses sujets, mais parce qu’il ne permet aucun autre genre de vie ».

L’appel au socialisme originel de Michéa est par conséquent illusoire. Comme le recours à la common decency.

Hegel était sévère avec « les belles âmes » qui maudissent le monde réel et aspirent à l’idéal. On pourrait faire le même reproche à Michéa. En réalité, il n’y a pas d’un côté un « peuple pur et bon » face à d’affreux capitalistes. Il faut sortir de ce dualisme. La croyance du 1er mouvement ouvrier en un travail décent possible impliquait qu’il intériorisait déjà les catégories de l’économie ; de même le système capitaliste ne pourrait pas exister et se prolonger sans la persistance, en son sein, de formes d’échanges non marchandes. Il faut donc mettre en lumière une complémentarité, un rapport dialectique entre les attitudes et les formes d’échange, en lieu et place d’une opposition factice. Pour Jappe, si la pars destruens des analyses de Michéa est largement convaincante, la pars construens l’est beaucoup moins.
La solution, s’il y en a une, ne passe pas par un projet politique qui se satisfait de la forme actuelle de l’Etat, mais dans la création de contextes où « les désirs de pouvoir des Robert Macaire ne puisse se défouler que dans des activités innocentes ». Et Jappe de rappeler que « chez les gitans, le plus “riche” n’est pas celui qui possède le plus, mais celui qui donne le plus aux autres ».

« Examen critique de l’ouvrage de Jean-Claude Michéa, " L’Empire du moindre mal " », par Anselm Jappe.


Pour saluer Michéa - Eulalie - 12 octobre 2011 à 21:16

Michéa et le libéralisme :hommage critique Philippe Corcuff Revue du Mauss (22 avril 2009)


Pour saluer Michéa - Limpide - 7 mai 2011 à 09:04

Un bien fou de lire un truc pareil !!!!


Pour saluer Michéa - B. Javerliat - 1er mai 2011 à 08:12

Bombix est probablement, parmi les contributeurs de l’Agitateur, l’un des plus précieux pour dénicher des auteurs de talent qui expliquent notre société actuelle. Les deux bouquins cités ci-dessous se dégustent avec gourmandise, tant ils sont éclairants sur l’emprise et la perversité du système libéral. Et surtout, Michéa vous donne envie de lire ou relire Orwell. Eteignez la télé et l’ordinateur pendant une semaine, et bonne lecture !


Pour saluer Michéa - Thomas R - 1er mai 2011 à  21:27

Oui il faut lire Michéa (merci effectivement a Bombix pour l’article), son essais sur le libéralisme, sa dérive de gauche, est porteur d’enseignement.

Seul soucis, pas du fait de Michéa bien sur, c’est que celui ci est cité par certains fafounets (du net ?), son rejet d’une "modernité libérale" ravit le nouveau fascisant. Normal quand on a pas de penseur me direz vous.

pour poursuivre, une itw par le site "jura libertaire : http://juralibertaire.over-blog.com...

l’intégralité de l’interview est publié dans " la double pensée"

Répondre à ce message #32208 | Répond au message #32203
Pour saluer Michéa - Thomas R - 1er mai 2011 à  21:42

et pour bien montrer que Michéa fait kiffer le faf : suivez le lien de la vidéo dailymotion (profil du posteur : oligarchie), a la fin on tombe sur ça : http://oligarchique.blogspot.com/

ça pue...

Répondre à ce message #32209 | Répond au message #32208
Pour saluer Michéa - bombix - 2 mai 2011 à  09:40

Bonjour Thomas,

Ça s’appelle de la récupération. Je n’ai pas fait attention à l’origine de la vidéo, que j’ai trouvée par le moteur interne de recherche de dailymotion.
Mais qu’un militant du FN publie une vidéo sur un philosophe n’a pas pour conséquence qu’il en devient propriétaire, ou que les idées du philosophe soient compatibles avec celle du FN. Quand Sarkozy citait Jaures, cela ne faisait pas du penseur socialiste un sarkozyste par anticipation.
Le même militant FN ferait bien de se renseigner sur l’histoire de son parti. Dans les années 80-90, le parti de Jean-Marie Le Pen était ultra-libéral. Sa posture "sociale" est récente. Il a, comme on dit, changé son "logiciel", c’est à dire les thèmes de sa propagande. Il n’est pas devenu plus "social" que les entreprises qui nous gavent tous les jours dans les pubs de "souci de la planète" ne sont devenues "écologistes". Même approche du client — on l’accroche par les thèmes "sensibles" du moment —, et même mensonge pour placer la camelote. Le libéralisme et le fascisme font d’ailleurs bon ménage, et le Chili de Pinochet fut le laboratoire du néo-libéralisme, comme tout le monde sait.

Je vous remercie néanmoins pour votre vigilance. Sur le fond, on sent bien que la critique du libéralisme peut glisser sur la pente savonneuse de la pensée réactionnaire. Je crois que l’un des enseignements de JC Michéa est qu’il faut se défaire du dualisme conservatisme/progrès. Le conservatisme n’est pas a priori mauvais ; le progressisme n’est pas a priori bon. Il faut juger de ce qu’il est bon de conserver ou pas, au cas par cas. Il y a des progrès qui ne sont pas des progrès de la liberté, des libérations, mais un renforcement de l’aliénation. Ce fut une erreur historique de la gauche d’assimiler tout "progrès" à une "libération". Je prendrai un exemple : l’école, à laquelle Michéa a consacré un volume (L’enseignement de l’ignorance) On a jugé, après 68, que toute autorité était négatrice de la liberté. Pour libérer les enfants, il fallait les libérer de l’autorité des maîtres. Or ce faisant, on faisait une confusion. L’autorité du maître sur l’enfant, n’est pas l’autorité du patron sur son ouvrier. L’analogie entre les deux formes d’autorité était fallacieuse. Il y a une bonne autorité, celle qui permet à l’éducateur d’aider l’enfant à accéder à son autonomie — et dans le rapport maître/disciple, le maître finit par s’effacer quand le disciple accède à la maîtrise — et il y a une mauvaise autorité, celle qui maintient l’ouvrier dans sa sujétion. L’autorité du patron ne vise jamais à transformer l’ouvrier en patron. Rejeter en bloc l’autorité était une erreur. Ou une ruse. Le sociologue Luc Boltanski a montré dans Le nouvel esprit du capitalisme qu’à son stade de développement, le capitalisme des années 60 était bloqué dans sa forme d’organisation. Il a récupéré les mots d’ordre de 68, la "critique artiste" du système, pour assouplir le dit système. Mais ce faisant, l’aliénation, intériorisée (promotion du "projet", de "l’auto-organisation", responsabilisation et autonomisation du travailleur etc.) était renforcée. Je renvoie à nouveau au texte de Deleuze sur Les nouvelles sociétés de contrôles, si lucide à l’époque de sa rédaction.

L’enjeu, c’est toujours l’émancipation. Le travail de J.C. Michéa est précieux en ce qu’il permet, comme les analyses de Boltanski et d’autres, de repérer les formes fausses de l’émancipation. Il y a des faux-amis de la liberté. Pour ce qui concerne le FN et l’extrême droite, il est clair qu’on est ici dans le camp des ennemis des travailleurs et de la liberté. Pas de confusion possible.

Répondre à ce message #32210 | Répond au message #32209
Pour saluer Michéa - B. Javerliat - 2 mai 2011 à  10:45

Mais qu’un militant du FN publie une vidéo sur un philosophe n’a pas pour conséquence qu’il en devient propriétaire, ou que les idées du philosophe soient compatibles avec celle du FN.

Tout à fait. Ca n’est pas parceque le FN dit que le ciel est bleu que je vais dire qu’il est vert. Le FN a en effet changé de logiciel, en prenant une tournure sociale qu’il n’a pas. Et ça arrange bien l’UMPS qui peut ainsi faire l’amalgame sous la bannière "populiste" des partis de gauche avec Lepen, sous prétexte qu’ils auraient des propositions "communes".

Répondre à ce message #32212 | Répond au message #32210
Pour saluer Michéa - Thomas R - 2 mai 2011 à  10:47

je ne peux que souscrire a vos propos

si on s’interesse un tant soit peu a la galaxie "intellectuelle "fasciste, on voit que pas mal d’entre eux citent des auteur de notre camp : tel le site zentropa, où figure au milieu des théoriciens fascistes (evola, de benoit) la prose de Virillio, Gramsci, Samprun (celui de l’encyclopédie des nuissance). Récup certe mais aussi a nous de bien faire attention, car "l’anti systeme" érigé en pensée politique n’ajoute que de la confusion, confusion bien facile a récup. Il serait temps qu’a gauche, on se réarme intellectuellement pour faire face.

Répondre à ce message #32213 | Répond au message #32210
Pour saluer Michéa - bombix - 2 mai 2011 à  11:27

car "l’anti systeme" érigé en pensée politique n’ajoute que de la confusion

Tout à fait vrai. C’est l’une des difficultés du moment. Mais c’est aussi l’intérêt de la séquence actuelle. Le dualisme n’est pas satisfaisant. Les méchants ne sont pas d’un côté, et les bons de l’autre. Il faut penser la ruse dans la complexité. La ruse, une catégorie éminemment dialectique.

Il serait temps qu’a gauche, on se réarme intellectuellement pour faire face.

Je crois qu’il y a un mouvement qui est amorcé.

Répondre à ce message #32214 | Répond au message #32213
Pour saluer Michéa - B. Javerliat - 2 mai 2011 à  12:41

Je crois qu’il y a un mouvement qui est amorcé.

Ah ? Moi je vois rien venir, au contraire...

Sinon, pour ceux que ça intéresse, je suis en train de me régaler avec le bouquin de Hervé Juvin « Le renversement du monde, politique de la crise » (encore une trouvaille de bombix). Enfin, me régaler, faut voir ! Ce livre est à déconseiller aux dépressifs ;-)

Répondre à ce message #32216 | Répond au message #32214
Pour saluer Michéa - bombix - 2 mai 2011 à  13:21

Ah ? Moi je vois rien venir, au contraire...

Au niveau de l’opinion publique (ou de ce qui se donne pour telle) et des programmes des partis politiques, il est certain qu’il y a moyen d’être pessimiste. Suffit de jeter un coup d’oeil sur le programme du PS pour 2012.
Je parlais de ce qui se passe dans la sphère intellectuelle, chez les intellectuels qui osent encore penser la politique. Le renouveau de l’idée républicaine, qui lie la liberté et la loi ("entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit") en est l’une des manifestations. Partout on voit réapparaître l’éloge de la limite, de la frontière. Le "localisme" n’est plus une tare. Je reprendrai à nouveau une citation de Michéa : "l’universel, c’est le local moins les murs". Et là encore, il n’y a pas rupture avec une certaine tradition. Après tout, l’internationalisme suppose l’entente entre les nations ; pas leur dissolution ...

Répondre à ce message #32218 | Répond au message #32216
Pour saluer Michéa - Eulalie - 3 mai 2011 à  12:14

"entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui affranchit"
Ah bon. Euh..... c’est discutable. Les lois sont majoritairement et principalement faites pour les riches, pas pour les pauvres. Alors, les pauvres, les "faibles" (je peine avec cette expression), peuvent s’affranchir par la liberté (qu’ils n’ont pas, puisque la loi les opprime dès qu’ils expriment leur liberté) de la loi basée principalement sur la propriété privée, non ?

Et quand les riches se mettent au dessus de la loi, ils ne sont pas inquiétés par la Justice. Les pauvres et les pas riches, oui.

Répondre à ce message #32242 | Répond au message #32218
Pour saluer Michéa - bombix - 3 mai 2011 à  14:52

C’est une citation. La phrase est de Lacordaire (1802-1861). Il est bien dit, c’est la loi qui affranchit — comprendre au sens générique du terme. Donc ça ne veut pas dire que toute loi soit libératrice, comme vous le soulignez avec raison. Mais cela veut dire que si on peut espérer l’instauration de libertés dans l’Etat civil (#état de nature), ce sera par le fait de la loi.
Au passage, raison pour laquelle Marx jugeait absolument nécessaire la lutte sur le terrain juridique. Cela donnera par exemple la limitation de la durée du travail en 1848 ... Toutes les grandes conquêtes sociales sont traduites dans le droit : congés payés, salaire minimum, etc. Comme toutes les grandes régressions et toutes les défaites sont des reculs du droit, des modifications de la loi. Sous Sarkozy, le relookage du Code du travail par exemple. Dernière grande régression en date : le recul de l’âge de départ à la retraite et l’augmentation du nombre d’annuités nécessaires.
Mais encore une fois, vous avez raison. Les lois n’arrivent pas toutes seules. Elles sont le produit de luttes politiques. Et elles ne se maintiennent pas toutes seules non plus. Tout ce qui a été acquis peut être perdu si on ne le défend pas.

Pour le reste cela me semble exagéré de dire que toutes les lois sont faites pour les riches. S’il existe encore un peu de protection sociale en France, s’il existe un droit du travail et des institutions (inspection du travail) pour le faire respecter, etc. cela veut bien dire qu’il y a des lois qui protègent les faibles. Le mot ne me dérange pas : il désigne une faiblesse sur le terrain économique, pas la qualité intrinsèque des individus.

Répondre à ce message #32244 | Répond au message #32242
Pour saluer Michéa - bombix - 3 mai 2011 à  15:53

En termes techniques, la critique que vous adressez concerne les lois telles qu’elles existent réellement (droit positif). Or la citation de Lacordaire concerne le fait de la loi (droit objectif), l’ordre juridique en lui-même, indépendamment de sa manifestation effective dans tel ou tel système de normes juridiques.

Répondre à ce message #32245 | Répond au message #32244
Pour saluer Michéa - Eulalie - 3 mai 2011 à  15:57

Alors disons que certaines lois sont faites (ont été faites) pour ne pas trop déranger les riches.

Oui, je suis d’accord, la lutte sur le terrain juridique est indispensable. Et pourtant, quand on voit ce qu’on voit et ce qui est obtenu dans le système parlementaire, le système paritaire, pour "les pas riches", les pauvres, c’est à (ne plus ?) se demander s’il faut respecter la loi et croire en son rôle égalitaire, si elle donne de la liberté aux économiquement faibles (et pourtant nous pourrions être forts politiquement).

Répondre à ce message #32246 | Répond au message #32244