Petit et Berrichon
Quelques semaines après « La République », c’est un nouveau journal qui paraît en Berry. Nous avons rencontré Christophe Matho, directeur de la publication du « Petit Berrichon »
L’Agitateur : Le premier numéro du « Petit Berrichon » sort ce mercredi. Que va-ton y trouver ?
Ch. Matho : Des infos sur les gens qui vivent en Berry ; notre ligne éditoriale s’intéresse essentiellement aux gens qui vivent chez nous. L’information que nous proposons traite des événements, des manifestations, des rencontres avec les hommes et les femmes, les associations, les institutions qui y participent grâce à des interviews, reportages, des comptes-rendus, de la gastronomie régionale et des petites annonces. Un journal d’hyper proximité, qui parle de vous et dans lequel vous vous exprimez ; c’est l’un des traits forts de notre modèle, les lecteurs peuvent écrire dans notre journal car ils peuvent nous proposer leurs articles, s’ils correspondent à notre ligne éditoriale nous les publierons, il suffit de nous les proposer par mail.
L’Agitateur : Le « Petit Berrichon » est une émanation du « Petit Solognot ». Pourquoi avez-vous décidé de vous implanter en Berry ?
Ch. Matho : Parce que notre équipe est composée pour une grande partie de berrichons. Je suis moi-même berruyer. Nous avons surtout un pied dans le Berry en étant installé à Romorantin. Le « Petit Solognot » est un bimensuel gratuit et est tiré à 52 000 exemplaires, il est lu par plus de 300 000 lecteurs par mois. Il est déjà largement diffusé dans le Berry car nos distributeurs l’installent dans les commerces des cantons de Chabris, Valençay, Graçay, Vierzon, La Chapelle-d’Angillon, Argent-sur-Sauldre et Aubigny. Des lecteurs et des annonceurs sollicitent même « Le Petit Solognot » jusqu’à Vatan ou Mehun, bien au-delà de notre zone de distribution. Entre 1988 et 1989, l’équipe du « Petit Solognot » avait encore plus investi le territoire berrichon en publiant un nouveau titre « Le Petit Berrichon » un mensuel gratuit qui fut diffusé dans l’Indre et dans le Cher le temps de 15 numéros. Mais l’entreprise dut faire des choix dans son développement et l’ancrage du « Petit Solognot » dans l’Orléanais fut préféré au développement du « Petit Berrichon » qui ne connut pas les années 1990. Le « P’tit Bé » n’est donc pas une création, mais juste un retour avec son 16e numéro, 22 ans après le n°15 !
L’Agitateur : Pourquoi créer un nouveau journal local à l’heure où ceux qui existent ont des difficultés, à l’instar de la fermeture de la NR dans le Cher ?
Ch. Matho : Le gratuit d’information est une niche dans la presse. Nous connaissons bien ce modèle car le « Petit Solognot » est le plus ancien des gratuits d’information en France. A l’heure où la presse de petites d’annonces est en difficulté à cause d’Internet et au moment où les quotidiens sont confrontés à une sur information, nous offrons un modèle particulier qui est gratuit et qui propose une information que l’on ne peut pas trouver ailleurs gratuitement.
Nous sommes très lus. Je m’en suis rendu compte il y a quelques mois, avant même que je ne prenne la direction de cette entreprise ; ma fille est née au bord de l’autoroute il y a 18 mois, un vendredi 13, dans la neige. L’information a fait la une de deux quotidiens. 3 ou 4 personnes m’en ont parlé. Elle a fait la troisième de couverture du « Petit Solognot » 8 jours plus tard. 30 ou 40 personnes m’en ont parlé...
L’Agitateur : Le « Petit Berrichon » est gratuit. Quelles sont vos ressources ?
Ch. Matho : Exclusivement la publicité.
L’Agitateur : Ce financement exclusivement publicitaire ne risque-t-il pas d’entrer en conflit avec le contenu rédactionnel ?
Ch. Matho : Pour ce qui nous concerne, nous ne touchons rien et ne demandons rien ni à l’Etat, ni aux collectivités. Je pense que c’est un gage d’indépendance bien supérieur à tous ceux qui touchent de l’argent public, même si je ne les critique pas car leur modèle économique en a besoin. Si nous voulons prendre une position publique sur un dossier, personne ne peut nous rappeler qu’il contribue directement à la santé financière du journal. Maintenant, il faut être honnête, il est certain que nos annonceurs ne s’attendent pas à nous voir exposer des positions extrémistes, cela ne devrait pas poser de problème, ce n’est pas notre ligne éditoriale. Il faut bien dire que la seule garantie d’une indépendance totale serait d’être financé à 100 % par les lecteurs, cela n’existe plus dans la presse papier. Mediapart tente ce modèle avec succès en presse électronique, l’Agitateur est un des rares exemples de réussite de ce modèle au niveau local. C’est tout à votre honneur, mais cela fonctionne parce que vous avez fait le choix de vous affranchir de la plupart des contraintes "économiques" grâce à un réseau d’auteurs qui ne vivent pas de leur rédaction.
L’Agitateur : Le « Petit Berrichon » démarre presque en même temps que « La République », journal créé par d’anciens journalistes licenciés de « La Nouvelle République ». Y’a-t-il la place pour deux journaux ?
Ch. Matho : « La République » a une zone de diffusion plus restreinte, on ne la trouve pas à Bourges et à Châteauroux. En fait la confrontation sera plus nette entre « La République » et le « Petit Solognot » qui est leader de la vente de surfaces publicitaires depuis 1983 sur l’essentiel de la zone de diffusion du nouvel hebdomadaire payant. Mais à mon avis, il n’existe qu’une concurrence faible entre un payant et un gratuit. La publicité ne représente que 30 % des ressources des payants contre 100 % pour nous. Les annonces légales et la vente du journal sont bien plus importantes chez les payants, avec les subventions publiques. Même du point de vue des lecteurs, 70 % de nos lecteurs n’auraient pas acheté un payant et sur les 30 % qui restent, il semble que la lecture de notre journal ne perturbe pas leur envie d’acheter un payant. « La République » est bien plus en concurrence frontale avec « Le Berry Républicain ».
La cible du « Petit Berrichon » s’oriente plus vers un lectorat qui a déjà deserté la presse écrite car il est rassasié d’informations (internet, radios, chaines TV d’info continue...). Ce lecteur a toute l’info qu’il lui faut en international, national, sport... il a juste un petit besoin d’info locale, mais ce besoin ne l’incite pas à acheter. Nous lui offrons une réponse qui lui convient. Celui qui place l’information locale en tête de ses besoins d’information nous lira, mais il ira aussi acheter « Le Berry Républicain » ou la « La République », mais peut-être pas les deux. J’ai rencontré Patrick Gonin, le fondateur et rédacteur en Chef de « La République ». C’est un ancien cadre de la NR. Il dirige une équipe plutôt sympa, qui entretient la philosophie NR. L’équipe redactionnelle compte avant tout. La carte de presse et la charte déontologique guident leur ligne éditoriale. C’est un gage de qualité. J’avais proposé des mutualisations entre nous et des stratégies commerciales convergentes. Ils n’ont pas donné suite. Je pense que les gratuits ne sont pas vraiment de la presse pour eux. Certains diront qu’ils ont les défauts de leurs qualités, ce sont des journalistes, pas des patrons de presse. Mais, ils sont nombreux à avoir réussi la mutation, comme ce sont des bons, ils vont y arriver. Ils ont déjà trouvé des mécènes à travers le Conseil Général et le Conseil Régional si on en croit le rédacteur en chef.
L’Agitateur : Christophe Matho, merci d’avoir répondu aux questions de l’Agitateur, et longue vie au « Petit Berrichon » !
Ch. Matho : Merci à vous. J’ajoute que le modèle du « Petit Berrichon » est interactif. A l’instar du « Petit Solognot », nous proposons à nos lecteurs de se saisir du journal en nous adressant leurs propres articles sur leurs projets, sur les événements qui les ont intéressé. Nous sommes susceptibles de les publier, avec les précautions d’usage qui veulent que l’article proposé doit « correspondre à notre ligne éditoriale et à la législation sur la liberté de la presse ». Vous pouvez adresser vos propositions d’articles à : le-petit-berrichon[at]cpe-editions.com.