Thierry Roland et vuvuzelas

mardi 29 juin 2010 à 05:54, par B. Javerliat

« La propagande est à la société démocratique ce que la matraque est à l’Etat totalitaire » Noam Chomsky.

Je mets immédiatement des boutons

Thierry Roland et vuvuzelas

et

pour les utilisateurs de Facebook qui, alléchés par ce titre racoleur, auraient déjà des difficultés à suivre et souhaiteraient en rester là (on est déjà à 90 caractères). Pour une meilleure lisibilité, ces boutons seront ultérieurement remplacés par d’autres :

et

, plus simples et plus discrets. Ne reculant devant aucun sacrifice pour conserver l’attention de ceux qui sont arrivés jusque là, je citerai un autre grand philosophe que même les utilisateurs de Twitter comprendront :

« La propagande est à la société démocratique ce que ce que les vuvuzelas sont au football ».
Thierry Roland, dans un éclair de lucidité devant son téléviseur.

Avec les vuvuzelas, on n’entend rien du match de foot. Avec la propagande, on n’entend rien du match des retraites.

Votez :

Personne ? Bon, là, y’a plus un seul utilisateur de Facebook ni de Twitter (normal, on frise les 1000 caractères), on peut donc continuer sans ces satanés boutons.

Les vuvuzelas de la réforme des retraites font un potin du diable. La première musique qu’elles jouent : «  on vit de plus en plus vieux, et il faut s’en réjouir (les vuvuzelas rajoutent toujours « et il faut s’en réjouir » après « on vit de plus en plus vieux »), il est donc normal de travailler plus longtemps »

Tiens, un facebouquien est resté jusque là ! Essayons une explication :

  Vous n’aimez pas ?
  Non.
  Bien, 3 caractères. Mais encore ?
  Je voi pas pourquoi kon devraient travaillé plus longtemps
  Mais parce qu’on vit plus longtemps (et il faut s’en réjouir) !
  P’tet, mais je vois pas le rapore.
  Bien vu, y’en a pas, de rapport !
 


  Merci !

Une autre musique de vuvuzela : « dans touts les autres pays démocratiques, et félicitons-nous de vivre dans un pays démocratique (les vuvuzelas rajoutent toujours « et félicitons-nous de vivre dans un pays démocratique » après « dans touts les autres pays démocratiques »), la durée de cotisation a été allongée. »

Encore !

  Vous n’aimez pas ?
  Non.
  ………. (silence). Donc vous n’aimez pas ?
  Non.
  Peut on vous demander pourquoi ?
  Ben, pareil, j’vois pas l’rapore !
  Comment ça ?
  Vous êtes bouché ou quoi ?
  Pas plus qu’un autre, je pense. Mais aidez-moi à comprendre.
  Ben j’veux dire que si les autres y font des conneries, on n’est pas forcé de faire les mêmes !
  Bien vu encore !
  Je rajouterai que si on compare aux autre pays européens, la situation de la France est déjà très défavorable : 30 ans en Angleterre, 35 ans en Allemagne, Belgique, Italie ou encore l’Espagne. http//bit.ly/EzDacO
  Ouch !
  Quoi ?
  Vous avez vu, là, vous avez fait une phrase complète avec des vrais mots qui veulent dire quelque chose, et sans faute, en plus !
  Et alors ?
  Ça veut dire que si vous voulez, vous pouvez !
  Ben oui, pourquoi ?
  Pourquoi vous ne le faites pas, d’habitude ?
  Parce que ca me gave
  Qu’est-ce qui vous gave ?
  Ça me gave de réfléchir. Ça me gave d’écrire.

ou

c’est plus simple.
  Je comprends, mais expliquer pourquoi

ou

, c’est mieux, non ?
  Ouais, mais ca m’gave.
  Ok. On va vous laisser digérer tout ca, alors.
  Lol

Mais revenons à nos vuvuzelas. Il y a plein de musiques de vuvuzelas : la vuvuzela des retraites, donc, mais on pourrait citer la vuvuzela de la « crise », la vuvuzela de la « concurrence libre et non faussée », la vuvuzela du Traité Européen, la vuvuzela de la grippe A, la vuvuzela des « nantis de fonctionnaires », ou encore les vuvuzelas du bouclier fiscal, des délocalisations, du « travailler plus pour gagner plus », etc.

Pourtant, c’est assez facile à reconnaître, une vuvuzela. A chaque fois, une vuvuzela paraît être une évidence. Tellement évident qu’on pense même pas à la remettre en cause ! Si jamais vous opposez ne serait-ce qu’un début d’ébauche d’objection, alors là, la vuvuzela enfle jusqu’à devenir assourdissante : télés, radios, journaux, tout le monde chante la vuvuzela en chœur. Et inéluctablement elle est reprise par votre voisin, votre collègue de travail ou votre belle-sœur. Et vous, vous ne vous entendez même plus penser.

Il n’est pas facile d’échapper aux vuvuzelas [1]. Mais un bon début consiste à éteindre les postes de télé et de radio. Ensuite, le mieux est de lire. Des livres, des hebdos, des blogs, ce que vous voulez, mais lire. Petit à petit, le bourdonnement des vuvuzelas s’éloigne et les idées deviennent plus claires.

« Le véritable ennemi, c’est l’esprit réduit à l’état de gramophone, et cela reste vrai que l’on soit d’accord ou non avec le disque qui passe à un certain moment. » George Orwell [2].

[1Les vuvuzelas ont eu un ancêtre appelé « Tina », acronyme de « There is no alternative » (« il n’y a pas d’alternative » en français) . Avec « Tina », c’était « ferme ta gueule, y’a pas le choix ! » Avec les vuvuzelas, c’est « tu vois bien, tu es d’accord ! »

[2A propos d’Orwell, pourquoi ne pas lire ou relire « 1984 » cet été ? Si vous avez peur de faire intello, vous pouvez toujours le glisser entre un « Gala » et un « Voici » ;-)


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