Front de gauche : proposer l’alternative, pas l’alternance
Le Front de gauche tenait hier sa dernière réunion publique à Bourges avant le 1er tour des élections régionales. Devant un public clairsemé, les différentes formations qui composent la coalition autour du PCF se sont succédées au micro. Hélas, il n’y avait pas que dans la rue Henri Sellier que l’atmosphère était glaciale. Dans la salle du 22 d’Auron aussi. Les orateurs ont expliqué qu’ils n’aimaient pas du tout le capitalisme, mais qu’il était nécessaire de les élire pour qu’ils puissent participer à la gestion de la région. Quelquefois à l’aise, parfois embrouillés, les ténors du PCF et leurs alliés ont tenté de redynamiser leurs troupes. On a beau savoir que les sondages sont favorables à la gauche, la liste Front de gauche pour le Cher craint que les électeurs qui consentiront à se déplacer dimanche votent « utile », donc PS.
Pour assister au meeting du Front de gauche, faut être plutôt motivé
Autant le dire tout de suite, l’ambiance n’y était pas. D’abord, un mauvais point pour l’organisation. J’arrive avec une dizaine de minutes de retard, car ce soir j’étais obligé de sortir un peu plus tard de mon travail. Porte close ! Le meeting n’a pas encore commencé, les portes sont déjà fermées. Je suis quelques dames qui cherchent comme moi une entrée, et finalement nous nous infiltrons par une issue de secours. Pour écouter les gens du Front de gauche, avouons qu’il faut être motivé. La salle est à moitié vide (ou à moitié pleine, si l’on est optimiste). J’avais déjà trouvé cet endroit lugubre lors du meeting du PS, alors que ça bougeait pourtant un peu plus. Là, je trouve l’ensemble carrément sinistre. Il y a une grosse sono installée. On pourrait entendre les Quilapayún, ou le Temps des cerises, ça égaierait un peu tout ça ... Mais non.
Les membres de la liste sont sagement assis derrière des tables sur la scène. Les grands chef aux côtés des second couteaux. On sent moins la hiérarchie qu’au PS. Un bon point pour le PC.
Guérineau : « Lepeltier prend les électeurs pour des cons »
JM Guérineau (PCF), qui pourtant ne se présente pas à ces régionales, préside la soirée. Inversement, plusieurs membres de la liste Front de gauche n’ont pas fait le déplacement. Curieux quand même.
Guérineau attaque fort, se demandant si Lepeltier ne prend pas les électeurs « pour des cons ». Il fait allusion au tract de not’ bon maire – tête de liste UMP — nous promettant une nouvelle fois le TGV si on vote pour lui. En effet, c’est un peu gros. Mais après tout, plus c’est gros, mieux ça passe. Voir les municipales de 2008.
François Dumon (PCF), tête de liste, entame un discours classique. Il faut organiser un « pôle de résistance » au sarkozysme, au sein des régions. Il faut démontrer « qu’une autre politique est possible ». Pour la défense de l’emploi, le Front de gauche propose « la constitution d’un pôle publique bancaire chargé d’aider les PME », il propose également de « développer la formation », mais aussi de « défendre les services publics ». Il réitère la proposition de Yannick Bedin [1] , présent, mais qui ne prendra pas la parole : la SNCF doit rester prestateur unique sur les lignes de la région Centre. Après avoir évoqué la construction de 10.000 logements sociaux, François Dumon termine en insistant sur « la nécessité de faire de la politique autrement », pour impliquer la population dans l’élaboration des politiques proposées.
Une syndicaliste et Mathijs Schowaert prennent tour à tour la parole. La syndicaliste est pleine de bonne volonté et remplie de bons sentiments. Elle termine son allocution par cette sentence révolutionnaire « La vie est une aventure audacieuse ou elle n’est rien ».
« La classe ouvrière reprend conscience de sa force »
Du côté de Mathijs Schowaert (PCOF), en revanche, c’est du lourd. On ne le comprend pas toujours bien, malgré son application à bien lire son papier. « La classe ouvrière reprend conscience de sa force », « Il faut combattre le capitalisme », « les divers mouvements sociaux de ces derniers mois montrent que la peur change de camp ». Je le trouve bien optimiste, Mathijs. Bref – et non sans avoir fait remarqué que toute aide aux entreprises devra se faire sous le contrôle des salariés (à l’énoncé de cette proposition, il me semble que ça bouge un peu derrière la table et que certains communistes se demandent tout bas jusqu’où il va aller) – Mathijs explique qu’il faut voter Front de gauche pour obliger le PS à mener « une vraie politique de gauche » à la Région.
Même discours, mais cette fois venant du PG. Aude Brisson d’abord. C’est son premier discours, avoue-t-elle en rougissant. La salle est attendrie. Son laïus n’est pas précisément maladroit, mais on ne comprend pas très bien où elle veut en venir. Bon, on saisit l’essentiel : Sarkozy c’est atroce, le PS ce n’est guère mieux. Dimanche votez Front de gauche, « une formation vraiment de gauche ».
L’alternative, pas l’alternance
Pierre Houques prend la parole. Sans papier cette fois. Le propos est clair, précis. Qu’est-ce qui nous distingue du PS ? s’interroge le leader du PG dans le Cher. Car il faut bien reconnaître que tous les membres du PG présents ce soir ont appartenu à un moment ou à un autre de leur parcours au PS. Pierre Houcques résume l’affaire par une distinction conceptuelle. « Le PS propose l’alternance, le Front de gauche prépare l’alternative ». Viser l’alternance politique, c’est changer d’équipe sans changer les règles du jeu. Proposer l’alternative, c’est préparer la rupture et viser la sortie du système capitaliste. On ne moralisera pas un système qui considère les hommes non comme des fins, mais comme des moyens, rappellera plus tard dans la soirée Jean-Claude Sandrier qui semble s’être souvenu des préceptes de la morale kantienne. Et Pierre Houques de prendre l’exemple de l’âge de la retraite, remis en cause par Martine Aubry et par tous les socialistes européens, de citer la taxe carbone alors qu’il n’y a pas de politique écologique tenable qui ne se fonde d’abord sur une écologie sociale.
J.C. Sandrier veut sortir du capitalisme
Jean-Claude Sandrier (PCF) terminera les prises de parole. En rappelant d’abord que la situation sociale et économique en France est devenue insupportable pour nombre de foyers modestes. En insistant sur le fait que si les dirigeants du CAC 40 et les actionnaires n’ont pas vu leurs profits baisser l’année dernière, la masse salariale en France a diminué, et c’est une première, de 1,2 %. Les élections régionales doivent avoir valeur d’avertissement et mettre la pression sur le pouvoir sarkozyste. Il faut convaincre les électeurs de se déplacer. Seule une forte présence du Front de gauche sur les bancs de l’assemblée régionale assurera que la région Centre, si elle est dirigée par les socialistes, mènera une politique « de gauche » en faveur des salariés et des plus démunis. « Le PS s’accommode du système capitaliste » répète J.C. Sandrier, « nous voulons en sortir ». Problème : le PCF veut aussi garder ses élus et participer à la gestion des collectivités locales.
Ce grand écart entre les intentions et les actes est-il toujours tout à fait compris par les électeurs ? Réponse dimanche soir.
[1] cf. son interview accordée à l’Agitateur : « dans le cadre de l’ouverture du transport ferroviaire à la concurrence au niveau européen, nous réfléchissons à une clause d’exclusivité de la SNCF dans la région. »