Ni pute et ni soumise (mais y’a longtemps)

mardi 12 janvier 2010 à 10:53, par B. Javerliat
Ni pute et ni soumise (mais y'a longtemps)

«  Oui, il faut nettoyer au kärcher, nettoyer cette violence qui tue nos enfants dans les cités. »

Telle est la déclaration de Fadela Amara dans une interview publiée par le quotidien "Le Progrès" du 11/01/2010. On se pince pour savoir si l’on rêve, mais non, elle a bien dit ça. Et ça n’est pas un dérapage : « C’est complètement maîtrisé. Elle a relu l’interview et en a validé les termes. » confirme le journal.

Que « l’insécurité dans les quartiers populaires » soit insupportable, tout le monde est d’accord. Que « le droit à la sécurité ne soit pas réservé aux bourgeois », d’accord aussi. Mais de là à reprendre la rhétorique Sarkozyste ! Les ors de la République rendent fou, mais à ce point là...

Avant de sortir son kärcher - dont la seule fonction est de nettoyer les façades -, on pourrait lui suggérer de s’interroger sur la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux lors des départs en retraite, qui a déjà supprimé des dizaines de milliers de postes de professeurs, de surveillants, d’éducateurs… et de policiers. Et ça n’est pas fini : la RGPP [1] prévoit de supprimer encore 4800 postes de policiers d’ici à 2011.

Elle pourrait se demander pourquoi le déploiement de la "police de proximité" à la sauce Sarkozy, initié en 2008, a été stoppé net en 2009 [2]. Ne serait-ce pas parceque ces nouvelles Unités Territoriales de Quartier (UTeQ) relevaient plus de "Robocops" (flash-balls, pistolet à impulsion électrique, casques pare-balles…), que de la police républicaine ? Peut-être eut-il fallu les équiper aussi de kärchers ?

Elle pourrait aussi écouter ces policiers qui manifestent en pleine rue pour protester contre « la religion du chiffre » [3] :
"On marche aux "stats", au temps d’occupation dans les commissariats, sur le terrain. Et dès qu’on est dehors, il faut faire du chiffre". "Avant, quand des jeunes se regroupaient au pied d’un immeuble, on les dispersait et ça se passait pas si mal. Maintenant, il faut relever toutes les identités, ce qui créé des tensions, rentrer au commissariat et rendre compte".

Ou encore, s’inquiéter de la dégradation des rapports police-population : "La prévention, ça ne ramenait pas de chiffres, mais ça marchait. On nous a fait perdre du terrain, accuse l’un d’eux. Aujourd’hui, la police qui rentre dans une cité, ce n’est pas plus la police, c’est l’armée. Mais comment faire autrement ? On est devenus des cibles."

On savait Fadela Amara [4] soumise au sarkozysme depuis son entrée au gouvernement. Mais de là à faire la retape pendant la campagne des régionales, il y a un monde. Le racolage est interdit en France.

Sur l’état de la police en Sarkozie : Un Helvète chez les flics de banlieue

[1Révision générale des politiques publiques

[4Fadela Amara a été présidente de l’association « Ni putes ni soumises » jusqu’au 19 juin 2007, date à laquelle elle devient secrétaire d’État chargée de la Politique de la Ville du deuxième gouvernement Fillon.


Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Qui êtes-vous ?

commentaires
Du vent pour les banlieues - Mister K - 12 janvier 2010 à 11:12

Fadela Amara est quand même gonflée. Quand elle parle de Kärcher, elle oublie qu’elle est à son poste pour mettre en place le fameux « plan Marshall de banlieues » proposé par Nicolas Sarkozy en 2007 lors de l’élection présidentielle. Et il est où le plan Marshall ? Il n’y a même pas de sous pour mettre en place la police de proximité, c’est dire...

Quand à l’utilisation du mot Kärcher, il rappelle surtout que depuis son utilisation par Nicolas Sarkozy en juin 2005, rien n’a changé. Cela confirme une chose : Nicolas Sarkozy, c’est avant tout des mots, du vent, du psychologique, du médiatique, de l’instantané. Mais derrière, aucune action concrète et durable sur la vie réelle des banlieues que ce soit d’un point de vue social, éducatif...ou répressif.

On peut donc dire que Sarkozy et son gouvernement brasse surtout du vent...et nous, il nous pompe l’air.