L’Agitateur entre bilan et projets
A cette période de l’année, il est de tradition de tirer des bilans et de dresser des perspectives. 2009 n’aura pas été une année banale dans l’histoire de l’Agitateur. L’événement majeur pour nous, ce fut bien sûr le départ de Jean-Michel qui a souhaité ne plus faire partie du groupe des administrateurs. Suite à cette défection, une crise assez vive a frappé notre petite équipe, et cet été, le bateau qui tanguait fort sous la houle a bien failli sombrer. Mais finalement, les choses se sont rétablies. Bon an mal an, nous voilà repartis.
L’Agitateur continue donc, mais il ne pourra pas poursuivre son bonhomme de chemin en faisant l’économie d’une réflexion sur ce qu’il est, sur son sens, sur son évolution nécessaire.
On ne peut pas, à cet égard, mettre entre parenthèse le contexte. Notre support de diffusion, internet, a bien changé depuis les débuts de ce webzine. A peu près tout le monde dispose désormais d’un accès au net, tandis qu’à la fin des années 90 seuls les happy few « surfaient » sur le web. La presse et les médias lourds ignoraient la toile : ils y sont présents désormais de façon écrasante. Enfin, il n’est plus nécessaire d’avoir une qualification quelconque en informatique pour s’exprimer : désormais, organisations, associations, et surtout simples particuliers ouvrent leurs « espaces » sur le net, sans difficulté, sans le moindre effort, et pour un résultat qui n’est pas toujours heureux, du point de vue de sa qualité — c’est le moins qu’on puisse dire ! Contrairement à la thèse absurde développée récemment sur la toile berruyère, internet ne consacre nullement le pouvoir des techniciens ; la faiblesse d’internet, ne serait-ce pas paradoxalement au contraire sa trop grande facilité ? Lorsqu’on ne fait aucun effort pour parvenir à un résultat, celui-ci a t-il une quelconque valeur ?
Nous sommes parvenus à une situation très curieuse : la liberté d’expression ne rencontre plus d’obstacles sérieux ; les résultats sont souvent pourtant plus que décevants. Phénomène aggravé par le phénomène de la pollution informative. Les mauvais sites noient dans une masse informe et proliférante la richesse réelle du net. Pour quelques pépites, que de scories ! Plus que jamais, l’utilisateur d’internet va devoir savoir choisir, trier, délaisser. Le moteur de recherche est le centre nerveux du système. Nous avons consacré quelques articles à la « question Google ». Le problème ne se limite pas aux pouvoirs réels ou supposés du géant américain.
Quoi qu’il en soit, nous voilà pris entre deux feux. L’industrie de l’information a compris que son salut passera par le réseau, et met le paquet pour rattraper son retard. Cela donne des résultats parfois comiques, comme le conseil municipal twitté en direct live dans le Berry Républicain. Y a t-il un réel intérêt à ce genre de pratique ? Que révèle twitter, sinon l’accentuation d’un phénomène qui privilégie toujours davantage le fait de communiquer, au détriment du contenu réel de l’information ? Tyrannie de l’immédiat et de la vitesse, de la nouveauté, du buzz qui court à la vitesse des électrons, enfle puis s’évanouit à peine éclos. Remplacé promptement par un nouveau bruissement, toujours différent, mais toujours le même. Gazouiller est le propre des oiseaux. Les hommes, eux, parlent, et ils ont besoin de temps et de phrases pour dire ce qu’ils ont à dire.
Monsieur Colling l’a d’ailleurs fort bien compris. Débouté par la mairie dans l’affaire du Marché de Noël, place Etienne Dolet, il se paie une pleine page en décembre dans les colonnes du même Berry Républicain pour tancer les commerçants de Bourges, avec une totale mauvaise foi. Le patron du Printemps est assez riche pour se payer le Berry. Et bien sûr, personne, dans le Landerneau berruyer, n’est gêné par cette collusion. Se révèle ici l’influence très réelle de Colling sur le petit monde des « décideurs locaux », qu’ils contrôlent la presse locale, qu’ils tiennent l’exécutif à la mairie, ou au Conseil Général ou au Conseil Régional. Nous l’avons suffisamment dénoncé dans ces colonnes ; mais il n’est jamais inutile de répéter ces choses.
Les temps changent sans doute, mais aussi rien ne change finalement. L’Agitateur dès lors n’a perdu ni sa place, ni son sens en 2010. Nous avons toujours la volonté de développer, en toute indépendance, et en plus de 140 caractères, les informations dont nous avons connaissance, les analyses que nous tentons d’articuler. Nous avons la très ferme conviction qu’en dépit de l’indéniable possibilité de s’exprimer offerte aux gens par les moyens modernes de communication, la liberté réelle de production et de circulation des connaissances, indispensables au fonctionnement de la démocratie, n’est pas pour autant effective comme il est souhaitable. Qu’elle est, de toute façon, toujours à défendre. La dernière « affaire » Colling a révélé qu’il n’aura pas suffi au Berry Républicain d’avoir adopté twitter pour se libérer de ses tares rédhibitoires.
Il reste donc aux citoyens, armés de leur petits moyens et de leur grande bonne volonté, de s’emparer des outils qui sont à leur disposition pour faire contrepoids à ces pratiques peu ragoûtantes. L’Agitateur en est un.
L’un des atouts majeurs de l’Agitateur, il faut le répéter, c’est son élaboration collective. Nous pourrions, chacun dans notre coin, tenir un blog. Cela ne nous intéresse pas. Nous avons besoin les uns des autres pour nous stimuler ou pour nous critiquer. Nous avons besoin de la dynamique d’un groupe dans laquelle les efforts de tous dépassent la somme des efforts de chacun. Nous ne craignons donc pas la concurrence des blogs qui fleurissent partout. Notre projet est, d’une manière essentielle, différent.
Nous avons des projets. Nous voulons faire évoluer notre maquette. Nous voulons nous ouvrir aux bloggeurs pour qu’ils viennent s’exprimer dans l’Agitateur. Nous avons tenté des expériences multimédias, comme les photos reportages des manifs de début d’année, ou la mise en ligne d’enregistrements de conférences. Le contenu graphique s’est amélioré, avec la participation régulière de Mercure Galant, qu’il faut ici tout particulièrement remercier pour son travail et la qualité exceptionnelle de ses dessins.
En terminant, je remercie donc nos lecteurs pour leur fidélité naturellement — en leur souhaitant, comme il est d’usage, une bonne année 2010 — mais surtout je les engage à nous rejoindre, si le coeur leur dit.
A bientôt.