L’Agitateur entre bilan et projets

vendredi 1er janvier 2010 à 00:00, par bombix
L'Agitateur entre bilan et projets
Crédit photo : Raul Tejero

A cette période de l’année, il est de tradition de tirer des bilans et de dresser des perspectives. 2009 n’aura pas été une année banale dans l’histoire de l’Agitateur. L’événement majeur pour nous, ce fut bien sûr le départ de Jean-Michel qui a souhaité ne plus faire partie du groupe des administrateurs. Suite à cette défection, une crise assez vive a frappé notre petite équipe, et cet été, le bateau qui tanguait fort sous la houle a bien failli sombrer. Mais finalement, les choses se sont rétablies. Bon an mal an, nous voilà repartis.

L’Agitateur continue donc, mais il ne pourra pas poursuivre son bonhomme de chemin en faisant l’économie d’une réflexion sur ce qu’il est, sur son sens, sur son évolution nécessaire.
On ne peut pas, à cet égard, mettre entre parenthèse le contexte. Notre support de diffusion, internet, a bien changé depuis les débuts de ce webzine. A peu près tout le monde dispose désormais d’un accès au net, tandis qu’à la fin des années 90 seuls les happy few « surfaient » sur le web. La presse et les médias lourds ignoraient la toile : ils y sont présents désormais de façon écrasante. Enfin, il n’est plus nécessaire d’avoir une qualification quelconque en informatique pour s’exprimer : désormais, organisations, associations, et surtout simples particuliers ouvrent leurs « espaces » sur le net, sans difficulté, sans le moindre effort, et pour un résultat qui n’est pas toujours heureux, du point de vue de sa qualité — c’est le moins qu’on puisse dire ! Contrairement à la thèse absurde développée récemment sur la toile berruyère, internet ne consacre nullement le pouvoir des techniciens ; la faiblesse d’internet, ne serait-ce pas paradoxalement au contraire sa trop grande facilité ? Lorsqu’on ne fait aucun effort pour parvenir à un résultat, celui-ci a t-il une quelconque valeur ?
Nous sommes parvenus à une situation très curieuse : la liberté d’expression ne rencontre plus d’obstacles sérieux ; les résultats sont souvent pourtant plus que décevants. Phénomène aggravé par le phénomène de la pollution informative. Les mauvais sites noient dans une masse informe et proliférante la richesse réelle du net. Pour quelques pépites, que de scories ! Plus que jamais, l’utilisateur d’internet va devoir savoir choisir, trier, délaisser. Le moteur de recherche est le centre nerveux du système. Nous avons consacré quelques articles à la « question Google ». Le problème ne se limite pas aux pouvoirs réels ou supposés du géant américain.

Quoi qu’il en soit, nous voilà pris entre deux feux. L’industrie de l’information a compris que son salut passera par le réseau, et met le paquet pour rattraper son retard. Cela donne des résultats parfois comiques, comme le conseil municipal twitté en direct live dans le Berry Républicain. Y a t-il un réel intérêt à ce genre de pratique ? Que révèle twitter, sinon l’accentuation d’un phénomène qui privilégie toujours davantage le fait de communiquer, au détriment du contenu réel de l’information ? Tyrannie de l’immédiat et de la vitesse, de la nouveauté, du buzz qui court à la vitesse des électrons, enfle puis s’évanouit à peine éclos. Remplacé promptement par un nouveau bruissement, toujours différent, mais toujours le même. Gazouiller est le propre des oiseaux. Les hommes, eux, parlent, et ils ont besoin de temps et de phrases pour dire ce qu’ils ont à dire.

Monsieur Colling l’a d’ailleurs fort bien compris. Débouté par la mairie dans l’affaire du Marché de Noël, place Etienne Dolet, il se paie une pleine page en décembre dans les colonnes du même Berry Républicain pour tancer les commerçants de Bourges, avec une totale mauvaise foi. Le patron du Printemps est assez riche pour se payer le Berry. Et bien sûr, personne, dans le Landerneau berruyer, n’est gêné par cette collusion. Se révèle ici l’influence très réelle de Colling sur le petit monde des « décideurs locaux », qu’ils contrôlent la presse locale, qu’ils tiennent l’exécutif à la mairie, ou au Conseil Général ou au Conseil Régional. Nous l’avons suffisamment dénoncé dans ces colonnes ; mais il n’est jamais inutile de répéter ces choses.

Les temps changent sans doute, mais aussi rien ne change finalement. L’Agitateur dès lors n’a perdu ni sa place, ni son sens en 2010. Nous avons toujours la volonté de développer, en toute indépendance, et en plus de 140 caractères, les informations dont nous avons connaissance, les analyses que nous tentons d’articuler. Nous avons la très ferme conviction qu’en dépit de l’indéniable possibilité de s’exprimer offerte aux gens par les moyens modernes de communication, la liberté réelle de production et de circulation des connaissances, indispensables au fonctionnement de la démocratie, n’est pas pour autant effective comme il est souhaitable. Qu’elle est, de toute façon, toujours à défendre. La dernière « affaire » Colling a révélé qu’il n’aura pas suffi au Berry Républicain d’avoir adopté twitter pour se libérer de ses tares rédhibitoires.

Il reste donc aux citoyens, armés de leur petits moyens et de leur grande bonne volonté, de s’emparer des outils qui sont à leur disposition pour faire contrepoids à ces pratiques peu ragoûtantes. L’Agitateur en est un.

L’un des atouts majeurs de l’Agitateur, il faut le répéter, c’est son élaboration collective. Nous pourrions, chacun dans notre coin, tenir un blog. Cela ne nous intéresse pas. Nous avons besoin les uns des autres pour nous stimuler ou pour nous critiquer. Nous avons besoin de la dynamique d’un groupe dans laquelle les efforts de tous dépassent la somme des efforts de chacun. Nous ne craignons donc pas la concurrence des blogs qui fleurissent partout. Notre projet est, d’une manière essentielle, différent.

Nous avons des projets. Nous voulons faire évoluer notre maquette. Nous voulons nous ouvrir aux bloggeurs pour qu’ils viennent s’exprimer dans l’Agitateur. Nous avons tenté des expériences multimédias, comme les photos reportages des manifs de début d’année, ou la mise en ligne d’enregistrements de conférences. Le contenu graphique s’est amélioré, avec la participation régulière de Mercure Galant, qu’il faut ici tout particulièrement remercier pour son travail et la qualité exceptionnelle de ses dessins.

En terminant, je remercie donc nos lecteurs pour leur fidélité naturellement — en leur souhaitant, comme il est d’usage, une bonne année 2010 — mais surtout je les engage à nous rejoindre, si le coeur leur dit.

A bientôt.


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commentaires
L’Agitateur entre bilan et projets - Pascale - 3 janvier 2010 à 10:52

Ce site a tout son intérêt dans le paysage local.

Meilleurs voeux. Bon courage


L’Agitateur entre bilan et projets - Pascal Goudy - 2 janvier 2010 à 09:06

Je n’étais pas au courant de vos remous internes ; il n’en reste pas moins que l’agitateur occupe aujourd’hui une véritable place dans notre information locale, sa disparition serait un vrai manque pour le pluralisme de l’information, la disparition de la NR, malgré ses imperfections, nous laissent déjà orphelins. Cette expression collective dans l’agitateur, est en effet plus que l’addition d’expressions indépendantes, puisqu’elle forme maintenant un moyen d’expression, un outil reconnu à la portée de tous. Pour ma part il me semble que les Twitter et autres Facebook ne remplace pas l’information, il faut les laisser pour ce qu’ils sont et ne pas les craindres. Donner du sens, du fond, reste un moyen d’expression ayant de l’avenir. Sans pour autant sombrer dans le monde de la communication pour la communication , l’agitateur peur encore aller plus loin au devant des autres.Définir ou redéfinir les objectifs devient à ce moment de l’existence très important. Dans un autre domaine, mais toutefois voisin, Radio Résonance est aussi devant des choix. Sont ils insolubles, inconsiliables avec l’évolution de notre société ? Je ne crois pas. Ils nous obligent en tout cas à réfléchir pour mieux répondre à cette question simple et pourtant fondamentale...Pourquoi faisons nous cela ?


L’Agitateur entre bilan et projets - Sabine Blanc - 1er janvier 2010 à 10:16

Bonjour,

Une précision déjà : nous n’avons pas live-twitté le conseil municipal mais live-bloggué, en utilisant CoveritLive, précisément parce que Twitter ne permet de s’exprimer qu’en 140 caractères, ce qui est assez limité, même si les débats ne sont pas toujours des plus fournis... L’outil que nous avons choisi n’a pas de limites de taille de texte, on peut intégrer les tweets des conseillers municipaux, envoyer des photos (dès que j’aurais fini de lire le mode d’emploi ;-) ), entre autres.
Le live-blogging est, me semble-t-il, un moyen d’intéresser les gens à la politique, en les faisant entrer dans la salle. À nous de rendre ce récit intéressant, d’effacer le côté "technique" rebutant. Nous sommes perfectibles, c’est sûr, vos conseils sont les bienvenus d’ailleurs.
En aucun cas, il s’agit de l’alpha et l’oméga du traitement des séances de conseil municipal, c’est un des outils.
Voilà, sur ce, je retourne à mes vidéos de guinguette :-)


L’Agitateur entre bilan et projets - Mister K - 4 janvier 2010 à  18:03

Une précision déjà : nous n’avons pas live-twitté le conseil municipal mais live-bloggué, en utilisant CoveritLive (...) L’outil que nous avons choisi n’a pas de limites de taille de texte, on peut intégrer les tweets des conseillers municipaux, envoyer des photos

Oui, c’est vrai, je n’avais pas noté ce point. Dont acte. Mais cela ne change pas grand chose au final sur le principe mis à part la longueur des messages.

Le live-blogging est, me semble-t-il, un moyen d’intéresser les gens à la politique, en les faisant entrer dans la salle.

Pour suivre tout cela en direct, il faut être quand même être particulièrement intéressé à l’avance. On peut tomber dessus par hasard, mais les chances sont quand même faibles... A la limite, cela sera utile à quelqu’un qui voulait s’y rendre et qui ne peut finalement pas assister à la séance. Ou à ceux qui ont la flemme de se déplacer.

Nous sommes perfectibles, c’est sûr, vos conseils sont les bienvenus d’ailleurs. En aucun cas, il s’agit de l’alpha et l’oméga du traitement des séances de conseil municipal, c’est un des outils.

Nous sommes d’accord, on est là dans l’expérimentation. C’est un passage obligé.
Mais cela pose tout de même un certain nombre de questions :
 Quel est l’apport du live-blogging ou de Twitter dans ce genre de cas ? (En comparant cela avec un CR synthétique écrit après coup ou à une vidéo en direct ou en différé)
 L’instantané est-il adapté à l’évènement ?
 Quelle est la plus-value d’un journaliste qui live-blog par rapport à un blogueur qui fait de même ?

De mon point de vue, l’apport n’est pas évident, le commentaire instantané pas adapté à un conseil municipal et la plus-value du journaliste inexistante. C’est certainement plus ludique mais surtout parce que c’est nouveau. Je suis un peu sévère, mais je préfère être honnête.
La chose que j’ai trouvé intéressante finalement, ce sont les twitts concurrents, c’est à dire les commentaires live d’un même évènements par des conseillers municipaux de familles politiques opposées. Mais bon, c’est valable la première fois, la deuxième, ce n’est déjà plus très amusant.

Répondre à ce message #25277 | Répond au message #25248
L’Agitateur entre bilan et projets - Sabine Blanc - 5 janvier 2010 à  10:58

Pour suivre tout cela en direct, il faut être quand même être particulièrement intéressé à l’avance. On peut tomber dessus par hasard, mais les chances sont quand même faibles... A la limite, cela sera utile à quelqu’un qui voulait s’y rendre et qui ne peut finalement pas assister à la séance. Ou à ceux qui ont la flemme de se déplacer.


> Soit, mais en optimiste candide, je me dis que ce nouveau traitement peut attirer des gens qui ne s’y seraient pas intéressés :-)

Nous sommes perfectibles, c’est sûr, vos conseils sont les bienvenus d’ailleurs. En aucun cas, il s’agit de l’alpha et l’oméga du traitement des séances de conseil municipal, c’est un des outils.

Nous sommes d’accord, on est là dans l’expérimentation. C’est un passage obligé. Mais cela pose tout de même un certain nombre de questions :
 Quel est l’apport du live-blogging ou de Twitter dans ce genre de cas ? (En comparant cela avec un CR synthétique écrit après coup ou à une vidéo en direct ou en différé)

> si je poursuis votre raisonnement, les directs de sport n’ont aucun intérêt, seul compte le CR du lendemain ? Le live-blogging permet de donner beaucoup plus de détails.
Idéalement, oui, la vidéo en direct est mieux, si l’on peut commenter en même temps, mais pour l’heure, je n’en dispose pas :(


 L’instantané est-il adapté à l’évènement ?

Question de point de vue, je ne pense pas qu’il y ait de réponse unique.


 Quelle est la plus-value d’un journaliste qui live-blog par rapport à un blogueur qui fait de même ?

Cette remarque vaut pour l’information en général, quel que soit le sujet/l’événement, je ne fais pas partie des journalistes qui pensent que l’info est une prérogative des professionnels encartés. Si je pouvais jeter la mienne aux orties, ce serait avec plaisir. Ce serait intéressant que L’Agitateur et Leberry.fr se livrent en même temps à l’exercice.

De mon point de vue, l’apport n’est pas évident, le commentaire instantané pas adapté à un conseil municipal et la plus-value du journaliste inexistante.

À voir sur le long terme. L’intérêt aussi du direct, c’est que les gens posent en même temps des questions, l’interactivité peut apporter un plus, mais pour l’heure elle est encore faible. En créant un rdv régulier, j’espère attirer plus de monde, plus de réactions, plus de débat, plus d’info bref !
On en rediscutera IRL à la Berry twitter party ;-)

Répondre à ce message #25278 | Répond au message #25277
L’Agitateur entre bilan et projets - Mister K - 5 janvier 2010 à  14:20

si je poursuis votre raisonnement, les directs de sport n’ont aucun intérêt, seul compte le CR du lendemain ?

Non, justement, le sport qui se vit en direct est au moins un cas où l’instantané peut avoir un intérêt, ne serait-ce que pour l’évolution du score.

je ne fais pas partie des journalistes qui pensent que l’info est une prérogative des professionnels encartés. Si je pouvais jeter la mienne aux orties, ce serait avec plaisir.

Certes, de fait, l’information n’est plus une prérogative des journalistes. Par contre, et c’est pour le bien de la profession de journaliste, il faut absolument que les journalistes professionnels apportent quelque chose de plus que les blogueurs. Pour l’instant, sur de nombreux sujets, ils apportent simplement leur crédibilité de professionnel mais aucun plus dans l’information et dans l’analyse (quand elle existe). Je parle en général, je ne parle pas spécifiquement du BR.

Ce serait intéressant que L’Agitateur et Leberry.fr se livrent en même temps à l’exercice

Oui, je ne sais pas. On peut y réfléchir... ;-)

L’intérêt aussi du direct, c’est que les gens posent en même temps des questions, l’interactivité peut apporter un plus, mais pour l’heure elle est encore faible.

Oui, il y a quelques cas, des conférences sur des sujets bien précis, bien souvent liés à l’informatique (mais pas seulement), ou certains participants dans la salle rapportent ce qui se dit dans la salle via Twitter et ou ceux qui suivent devant leur PC posent des questions qui sont ensuite posées dans la salle de conf. Cela existe à la télé depuis longtemps avec les questions via SMS. Là, ça peut-être intéressant.
Mais pour être tout à fait complet, il faut dire que ce genre de pratiques existent depuis très longtemps via IRC...

En créant un rdv régulier, j’espère attirer plus de monde, plus de réactions, plus de débat, plus d’info bref ! On en rediscutera IRL à la Berry twitter party ;-)

Perso, je ne pourrais certainement pas y participer. Mais peut-être que d’autres admins de l’Agitateur le pourront, je ne sais pas...

Répondre à ce message #25279 | Répond au message #25278