1er tour : PS et PCF ne feront pas liste commune
Un jour oui, un jour non, mais un jour ... zut ! Au PCF du Cher, on pratique la gymnastique dialectique à grands coups de consultations démocratiques régulières. Un jour la démocratie dit qu’il faut aller au combat avec le PS, un jour elle dit que non. Qu’importe le nom de la liste, pourvu qu’on ait les places, murmurent les caciques du PCF qui ont décidément la bougeotte. Sauf que les choses pourraient ne pas être si simples. Qui va à la chasse (aux voix) perd sa place, c’est bien connu.
Demi-tour, gauche !
« Je n’arrive pas à comprendre pourquoi en politique, ce qui fait débat est toujours prétexte à psychodrame », écrivait récemment en langage fleuri Yannick Bedin [1]. A le lire, la question des places n’est pas primordiale, elle arrive en dernier. Non, non, l’essentiel, ce sont les idées ; l’essentiel, c’est le débat ! Sont-ils vilains ces gens du PS, qui s’obstinent à envisager de faire alliance avec le MoDem au second tour des régionales. Eh bien c’est décidé : le PCF du Cher ne fera pas liste commune avec ces gens-là !
Sauf que le vrai motif n’est pas là. Selon la lettre envoyée par Philippe Fournié aux militants socialistes : « Nous avons pris acte de leurs demandes que nous avons qualifié de peu raisonnables, ils souhaitaient conserver leurs 4 élus. Le Bureau Fédéral réuni le 14 décembre, à l’unanimité, a souhaité faire des propositions concrètes au PCF afin de leur permettre d’intégrer la liste socialiste : au premier tour les places 3, 6 et 10 au second tour les places 3, 6 et 10 avec un poste au cabinet du président et 1 poste de vice-président. » Donc le compte n’y était pas. Le PCF voulait quatre places, le PS ne lui en propose que trois.
La démocratie avait contourné la décision des communistes de la région Centre de proposer des listes Front de Gauche au 1er tour [2] ; au nom de la démocratie toujours, changement radical de perspective : dans le Cher, ce sera finalement une liste Front de gauche au 1er tour. Ça c’est de la dialectique ! La substance est dynamique, le concept est travaillé par la puissance du négatif au PCF du Cher ! Un jour oui, un jour non, mais un jour ... zut !
Ça coince !
Eh ! c’est que les autres communistes, qui avaient fait sécession lors du passage en force pour l’union avec le PS, ne l’entendent pas de cette oreille. Mais qu’allez-vous donc imaginer, ce n’est pas du tout la question des places qui fait tourner « le débat en psychodrame ». C’est le grand débat des idées ! Yannick Bedin : « Le débat a été très riche et parfois vif : il a porté essentiellement sur notre projet pour la Région Centre et notre positionnement pour les prochaines élections régionales, après la décision du Parti socialiste de ne pas constituer dès le premier tour de liste d’union. » Tiens, comme c’est curieux. Cette fois, ce serait le PS qui aurait décidé. « Le débat a été riche » : admirons la langue de bois — « et parfois vif », traduire : ils se sont engueulés ferme. Au point dit-on, que le chef de file des réfractaires serait parti en claquant la porte. Après s’être démené pour réunir ses gens (réfractaires du PC, PG, M’PEP et NPA), pas facile de leur demander de s’effacer parce que les chefs veulent se positionner sur les places éligibles.
Ce qui est toujours très amusant en politique, c’est que les gens qui grenouillent pour placer leurs pions et se moquent du quart comme du reste des idées en appellent toujours, immanquablement, au projet et à l’union : « je rappelle aussi que le PCF a toujours privilégié l’union dans ce département » dixit toujours Yannick Bedin.
Rien n’est clair !
« Je suis satisfait que l’unité se fasse à l’issue d’une phase qui risquait de voir partir sur deux listes des membres du PCF. Aujourd’hui les choses sont plus claires. » Ce qui est clair, pour l’instant, c’est que le PCF ne fera pas liste commune avec le PS au 1er tour. Ce qui n’est pas clair du tout, c’est la composition de la liste Front de gauche. Le PCF réussira-t-il à imposer ses candidats ? L’actuel Front de gauche pourrait ne pas l’entendre de cette oreille.
En clair, la liste Front de gauche pourrait envoyer sur les roses (c’est un comble !) les caciques du PCF qui veulent conserver leurs places bien au chaud au Conseil Régional. L’hypothèse n’est pas exclue qu’une liste Front de gauche s’oppose à une liste communiste, avec une troisième liste PS, et pourquoi pas une petite liste d’extrême gauche. « L’enjeu des élections régionales est maintenant de faire en sorte que le Front de gauche pèse le plus possible dans la perspective d’une fusion de toute la gauche au second tour. » termine Y. Bedin.
Le 1er tour est fini, embrassons-nous !
Autrement dit, après s’être bien déchiré et ridiculisé, tout ce petit monde s’embrassera au second tour. Pour défendre une politique commune d’opposition à Sarkozy ? Mais qui peut croire encore à toutes ces salades ? Le PS aura-t-il changé entre le 1er et le 2nd tour ? Sarkozy n’a t-il pas placé au gouvernement, au FMI, dans des commissions diverses [3] et variées un nombre bientôt plus important de gens du PS que de sa propre famille politique ? Un élu communiste est beaucoup plus franc. Il déclarait récemment à un collaborateur de l’Agitateur : « Lorsqu’on est aux responsabilités, on gère. Il n’y a plus ni droite, ni gauche. » Oui, mais ça, coco, si tu veux, c’est pas très porteur auprès des électeurs. Il ne faut toujours pas désespérer Billancourt. Même si ça devient de plus en plus difficile. D’autant que les Billancourt de France seront bientôt tous fermés.
[1] cf. son dernier billet : Prendre nos responsabilités
[3] La dernière en date, la commission Rocard-Juppé sur le grand emprunt. Ou comment nos crânes d’oeufs s’entendent comme larrons en foire pour augmenter encore la dette publique.