Hausse des impôts de 5% en Afghanistan
Ben Laden se marre, il n’y a rien à la télé, le maire de Bourges racle les fonds de tiroirs, Jacques Chirac pue du cul, et vous ne savez toujours pas quel cadeau offrir à Noël pour votre vieille cousine végétarienne, installée au Pôle Nord dans le dessein avoué d’apprendre à jouer des castagnettes.
Dernièrement, je me suis surpris avec horreur à suivre les événements guerriers en Afghanistan un peu comme si je regardais un match de foot ennuyeux à la télévision. Est-ce la force de l’habitude ? Qu’est-ce qui fait qu’un jour, on commence à ne s’intéresser à ce qui se passe autour de soi que de manière très lointaine, à ne soudain plus s’émouvoir du malheur des autres, à regarder tout d’un oeil détaché ?
L’info télévisée se regarde aujourd’hui comme un phénoménal spectacle entre le cirque "grand guignol" et le sitcom humoristiquo-cynique. Le poids des images est bien là, mais tout semble si loin, si irréel. On s’étonne alors de passer indifféremment de Popstars au procès d’une mère indigne, de zapper sans scrupule entre un reportage sur les actes de cruauté de la France durant la guerre d’Algérie et Qui veut gagner des millions.
Nous en avons tellement vu, tellement entendu, qu’à chaque fois, il nous en faut plus, toujours plus. Cuisine Plus.
On regrette presque de ne pas avoir atteint avec la guerre d’Afghanistan les excès connus durant la guerre du Golfe où des journalistes intègres lisaient pendant des heures les communiqués de presse de l’armée américaine expliquant que les bombes déchiquetaient le béton mais pas la chair humaine. Comment pouvaient-on ne pas y croire ? Puisqu’il s’agissait de sources officielles, cela ne pouvait pas être faux, n’est-ce-pas ? En tout cas, les communiqués de presse de l’armée des Etats Unis ont au moins un effet dévastateur : celui de désintégrer le cerveau des journalistes et d’évaluer le degré de crédulité d’une population occidentale infantilisée.
Ceci-dit, la guerre en Afghanistan n’a pas permis d’échapper au ridicule et au grotesque, ce qui est finalement rassurant. Des millions de dollars ont été investis pour capturer Ben Laden, mais la seule trace qui ait été trouvée de lui, c’est une cassette vidéo où l’on voit un barbu se fendre la gueule pendant que ses soldats dévoués se font trucider sous les bombes américaines et que la population Afghane bouffe de la poussière.
On nous a aussi parlé d’un nouveau régime démocratique, mais tout ce que l’on a vu, c’est un roi exilé qui voulait retourner chez lui pour reprendre le pouvoir et des chefs de bandes armées qui voulaient prendre part au gouvernement. L’ONU, les Etats Unis, la Grande-Bretagne, la France et le monde entier ont tous leur mot à dire dans cette histoire. Mais a-t-on demandé l’avis de la population Afghane ? Comme d’habitude, ce sont les grands de ce monde qui prennent les décisions « au nom de la démocratie », qui décidément a le dos bien large.
Mais de tout ça, qui s’en soucie réellement ? Chacun s’efforce de se tenir plus ou moins au courant de ce qui se passe et de se forger une opinion préfabriquée pour avoir quelque chose à dire dans les réunions de famille ou entre collègues de bureau. Mais dans le fond, tout le monde s’en fout. Les événements tragiques ou heureux de ce monde servent de « lien social » entre les individus d’une société toujours plus superficielle et cynique.
Aujourd’hui, on dit : « tu as vu ce qui se passe en Afghanistan ? », de la même manière que l’on dit « tu as vu le dernier épisode de Urgences ? ». Ben Laden, probable responsable de plusieurs milliers de morts et principal soutient d’un régime d’un autre âge, passe pour un aimable comique. Sur le web, on trouve des centaines de blagues sur Ben Laden qui ont détrônées les fameuses « blagues à Toto » ou les « Ta mère ». Nous sommes dans le règne de la superficialité et de la dérision. Ce n’est sans doute pas anodin si nous avons un type « sympa » mais « bon à rien » qui squatte L’Elysée. Jacques Chirac est un bon client pour les médias et un bon sujet de conversation dans les dîners en ville lorsque l’on ne sait pas quoi dire.
On passe du coq à l’âne avec le maire de Bourges, Serge Lepeltier qui va augmenter les impôts de 5% et faire passer à la trappe ses promesses électorales. Là encore, tout le monde en a strictement rien à foutre. C’est juste une bonne occasion pour l’opposition municipale de faire son boulot, c’est-à-dire tirer les sonnettes d’alarme, s’opposer et décrédibiliser l’adversaire en vue des prochaines échéances électorales. Mais on attend la réaction des berruyers. En fait, on pourra l’attendre durant des lustres. Les berruyers sont depuis si longtemps conditionnés à la connerie que plus rien ne les étonne ni ne les scandalise. Bourges est habitée par un troupeau de moutons fatalistes. Les timides bêlements de l’opposition lors du Conseil Municipal du vendredi 14 décembre 2001 n’ont pas eu d’échos. Tout ceci ressemble fort à un jeu politique où les uns s’efforcent de prendre le pourvoir et les autres d’y rester.
Alors, en cette fin d’année source de multiples jubilations, consommez sans modération, faites du shopping, gavez-vous de crottes de marquis, crevez-vous la paillasse avec des coquilles d’escargots transgéniques nourris à la vache folle, étouffez-vous avec une dinde aux marron. Cette fois, c’est moi qui en ai rien, mais alors vraiment rien à foutre.