Editorial Octobre 2009

Dépasser les limites

vendredi 2 octobre 2009 à 00:27, par Mister K

Au delà de l’éducation, l’information est de nos jours essentielle à la vie d’un citoyen. Pourtant, les informations utiles sont souvent noyées dans un flot d’informations totalement inutiles. Pire, les informations inutiles prennent souvent la place d’informations potentiellement utiles, et ce pour de simples raisons économiques. Au final, le citoyen se retrouve souvent bien démuni quand il s’agit de décider de son vote, acte suprême de notre démocratie actuelle, soumis qu’il a été pendant de nombreux mois à une communication politique plus qu’envahissante.

Voter en toute connaissance de cause est un métier à plein temps. Le citoyen doit souvent faire le tri lui-même de ce que l’on essaie de lui faire avaler à longueur de reportages télévisés, radiophoniques ou d’articles de presse. Pour pouvoir se faire une idée objective, le citoyen décideur doit avaler les reportages de plusieurs chaînes télévisés, de plusieurs radios, de plusieurs journaux, tenter de recouper pour enfin essayer de se faire une idée sur un sujet précis. Pas simple. Qui fournit les bons chiffres ? Qui dit vrai sur telle ou telle situation ? Là devrait être le vrai creuset des journalistes dit professionnels qui devraient faire le tri entre info et intox. Malheureusement, cette profession s’avère souvent défaillante dans cette tâche.

Internet complique encore plus les choses au niveau du décryptage de l’information. En effet avec internet, les sources d’informations se multiplient. En réalité, pas tout à fait car, comme dans le milieu de la presse professionnelle, on se copie beaucoup et on se cite beaucoup. Mais tout va beaucoup plus vite. En clair, une fausse information peut facilement faire le tour de la planète en quelques heures. Il faut alors au citoyen, en plus d’une excellente capacité de décryptage de la presse professionnelle, une très bonne connaissance d’internet, de ses usages pour être capable de démêler le vrai du faux...quand cela est possible.

Mais alors, comment dépasser cette limite de la démocratie qui fait que le citoyen mal informé peut-être facilement manipulé ?

Une première solution serait de faire en sorte que nos organisations, nos institutions soient plus transparentes. En clair, que n’importe quel citoyen ait la possibilité de récupérer facilement n’importe quelle donnée publique. En théorie, c’est déjà le cas pour toutes les institutions publiques financées par nos impôts. En théorie seulement. En pratique, c’est la plupart du temps le parcours du combattant pour obtenir ces mêmes informations [1]. Aujourd’hui, alors que des moyens techniques permettent d’ores et déjà de mettre à disposition des montagnes de données, les mentalités semblent s’y opposer avec tout un tas de bonnes excuses. Certains parlent même de dictature de la transparence. Si cet argument est valable concernant la vie privée de personnes physiques qui ne devrait pas être étalée sur internet, il n’est pas recevable pour les données publiques. Cette idée d’une société plus transparente s’appuie évidemment sur l’éducation des citoyens, éducation absolument nécessaire pour exploiter les données accessibles. Éducation d’autant plus indispensable que même une fois les données brutes obtenues, il faut forcément un minimum de recul, de compétences et de réflexion afin de faire une analyse critique sur la façon dont ont été recueillies ou calculées pour pouvoir les analyser.

Une seconde solution, serait de contrôler l’information produite et de décerner un label aux organismes dit "sérieux" qui produiraient de l’information réputée fiable. En clair, les sites internet professionnels issus de la presse écrite, radiophonique et télévisée et quelques "pure player" [2] seraient labellisés. Les autres, par défaut, seraient réputés potentiellement non fiables. Cette solution, bien plus simple à mettre en place, est actuellement envisagée en France. En 2007, un rapport de Marc Tessier, la presse au défi du numérique préconisait cette démarche. Bien entendu, une telle solution est extrêmement dangereuse . Elle donne un pouvoir incroyable de censure par défaut à celui qui décerne les labels.

Entre une démarche de transparence et d’éducation et une démarche de contrôle, le choix devrait être vite fait. Pourtant, beaucoup de gens ont envie de fixer des limites à la liberté d’expression existant sur internet. Beaucoup y ont intérêt. Tous les moyens, directs ou indirects sont bons.

Quoi qu’il en soit, il faudra forcément à l’avenir dépasser les limites actuelles de la démocratie ou les limites que l’on tentera de nous imposer en plus de celles existantes [3]. Les mentalités doivent évoluer. Dans ce combat, l’Agitateur sera en première ligne.

[1Ce qui fait qu’au final, c’est un droit largement sous utilisé

[2Des sites d’information présents uniquement sur internet

[3Dans le plus strict respect des lois, évidemment

commentaires
Dépasser les limites - philippe BENSAC - 5 octobre 2009 à 15:39

Aphorismos !
Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin.

N’est-ce pas Mister K ?

La démocratie évoluée s’appelle la démarchie, consacrée par un libéral : Hayek.


#24013
Dépasser les limites - Mister K - 6 octobre 2009 à  11:09

La démocratie évoluée s’appelle la démarchie, consacrée par un libéral : Hayek.

Je pense que nous n’avons absolument pas la même notion de ce qu’est "une démocratie évoluée". Et puis, avant de parler de démocratie évoluée, il faudrait déjà que notre démocratie actuelle soit respectée.

#24026 | Répond au message #24013
Dépasser les limites - 6 octobre 2009 à  17:41

Encore mieux : l’Isocratie

#24033 | Répond au message #24013
Dépasser les limites - edan - 3 octobre 2009 à 12:30

Pour compléter tes propos, voici quelques liens :

 Le site américain http://www.data.gov/ , lancé sous l’ère Obama, qui met à disposition des citoyens et des informaticiens les données gouvernementales. ( il devrait se réaliser la même chose en région parisienne dans quelques mois )

 L’article de Francis Pisani, intitulé " la transparence est la nouvelle objectivité" suggère que les journalistes dévoilent leur opinions et sources pour comprendre ce qui les ont amenés à écrire un article : http://pisani.blog.lemonde.fr/2009/08/18/la-transparence-est-la-nouvelle-objectivite/

 La labelisation des médias est en arrière plan réel, car les subventions publics vont uniquement aux "vrais médias". Pour la musique, la loi Hadopi met en avant cette notion de site labellisé pour télécharger de la musique légalement. C’est très dangereux pour les domaines culturelle ou d’information. Pour la santé, ou le tourisme, c’est autre chose.....


#23991