Moutons noirs
Du véritable ennemi des moutons
« J’ai entendu conter que les moutons que l’on mène à la capitale pour y être égorgés meurent de chagrin dans le voyage, s’ils ne sont pas accompagnés par leur berger ordinaire. Les choses sont ainsi par la nature, car il est vrai que le berger pense beaucoup aux moutons et au bien des moutons ; les choses ne se gâtent qu’à l’égorgement ; mais c’est chose prompte, séparée, et qui ne change point les sentiments.
Les mères brebis expliquent cela aux agneaux, enseignant la discipline moutonnière, et les effrayant du loup. Et encore plus les effrayant du mouton noir, s’il s’en trouve, qui voudrait expliquer que le plus grand ennemi du mouton c’est justement le berger. »
Alain, 1923 [1]
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Police spectacle, presse complice
« Vingt interpellations, dix gardes à vue, 150 policiers mobilisés : le gouvernement a frappé fort contre un groupuscule qui serait responsable des attentats sur le réseau TGV. »
Libération, 12 novembre 2008.
« Sur les neuf personnes interpellées le 11 novembre à Tarnac, il n’en reste que deux en détention provisoire. : Julien Coupat, 34 ans, présenté comme le chef du groupe, et son amie Yldune, 25 ans. Tous deux comme Gabrielle H. , sont soupçonnés d’avoir commis des dégradations sur des voies ferroviaires. »
Le Monde, 04 décembre 2008
Résumons : des « attentats sur le réseau TGV », on est maintenant passé à « des dégradations sur des voies ferroviaires ». Et de la responsabilité, on est passé au simple soupçon. Le journal Libération et une bonne partie de la presse française se seraient honorés de ne pas avoir servi d’agence de communication au ministère de l’intérieur après les arrestations du 11 novembre ...
Une presse aux ordres, sans distance critique aucune, c’est cela aussi la maladie de notre « démocratie ». On va y revenir.
Du terrorisme en Sarkozie : état des lieux
La France sarkozyste, qui va avoir fort à faire avec la crise qui croît et embellit, crise dont les causes sont à chercher dans les failles d’un capitalisme débridé dont on nous chantait il n’y a pas si longtemps toutes les vertus, a donc entamé une croisade contre le « terrorisme ». A défaut du vrai terrorisme, avec bruit, sang et fureur, on se contentera pour l’instant de celui que l’on a, à savoir le « terrorisme idéologique ».
Michele Alliot-Marie, nous apprennent les journaux, est persuadée depuis plusieurs mois que « l’affaiblissement à droite comme à gauche des partis politiques qui permettent d’exprimer des frustrations sociales se traduit par l’apparition de mouvement radicaux et violents. » On se prend ici à rêver : et si l’affaiblissement des partis politiques qui ne font que permettre d’exprimer les frustrations sociales était l’occasion de voir émerger une force politique qui aurait pour objectif de diminuer ces frustrations, en s’attaquant à la question sociale, justement ...
En attendant , quelle aubaine ! En Sarkozie, on avait justement besoin d’un ennemi. Le voilà bien identifié.
Ennemi d’abord en ceci qu’il pense mal. Ennemi parce qu’il pense. Tout court. Toujours dans les colonnes du Monde, on apprend que la place Beauveau enquête sur « l’ultra gauche » depuis des mois. Dans une réunion qui réunissait le 26 novembre des patrons du CAC 40 membres du club des directeurs de la sécurité des entreprises (CDSE) le sous-directeur de la protection économique à la direction centrale du renseignement intérieur, Gilles Gray, évoque « une philosophie qui se développe en Europe ».
L’interpellation des neuf de Tarnac est « un message fort adressé à ceux qui auraient des velléités de commettre des actes semblables » On pensait que dans une démocratie digne de ce nom, une action de police était censée réprimer des actes délictueux. Or pour l’instant, la police et la justice n’ont aucune preuve. Qu’importe, puisque ce qui est important, c’est de « délivrer un message. » Car ce que savent la ministre et ses flics, c’est que le terrorisme débute quand on commence à lire, à penser, à parler, voire à écrire. Voilà le vrai crime. Celui que dénonçait, d’ailleurs, dans les forums de l’Agitateur le sarkozyste Philippe Bensac, adjoint au maire UMP de la ville de Bourges, au diapason de la paranoïa ambiante. [2]
Ce dérapage est au demeurant intéressant à titre de symptôme. Il indique que pour un sarkozyste bon teint, le terrorisme commence avec les mauvaises pensées. Mieux vaut prévenir que guérir. Au nom de ce sain principe de précaution, va t-on bientôt organiser une purge dans les bibliothèques ? Désigner les bons et les mauvais auteurs ? Faudra-t-il bientôt repérer les lecteurs [3] ? Puis finalement éliminer les livres, comme dans le roman prophétique de Ray Bradbury, Farenheit 451 ? Car toute oeuvre de l’esprit porte en elle le danger de la négation. Penser, c’est dire non, disait Alain, pour le citer encore.
Dans Libération [4], Giorgio Agamben énonce fort justement les conclusions qu’on peut tirer à partir de cette ténébreuse affaire : « La seule conclusion possible ... est que ceux qui s’engagent activement aujourd’hui contre la façon (discutable au demeurant) dont on gère les problèmes sociaux et économiques sont considérés ipso facto comme des terroristes en puissance, quand bien même aucun acte ne justifierait cette accusation. Il faut avoir le courage de dire avec clarté qu’aujourd’hui, dans de nombreux pays européens (en particulier en France et en Italie), on a introduit des lois et des mesures de police qu’on aurait autrefois jugées barbares et antidémocratiques et qui n’ont rien à envier à celles qui étaient en vigueur en Italie pendant le fascisme. »
Julien Coupat est dorénavant désigné comme le chef de la bande, et, pour cela, est maintenu en prison. Il se trouve qu’il est aussi l’auteur présumé d’un petit livre, L’insurrection qui vient, publié par La Fabrique en 2007. La question qui se pose est donc celle de savoir si Coupat risque vingt ans de tôle parce qu’il est un criminel, ou parce qu’il a écrit un livre. Et puisqu’en France, le délit d’opinion existe de nouveau, il est instructif de se pencher sur l’objet du délit. Un livre qui intéresse et excite Sarkozy et ses flics à ce point ne peut pas être tout à fait mauvais.
L’insurrection qui vient
On peut lire sur le site internet de l’éditeur de L’insurrection qui vient la mention suivante :
« Manuel du parfait petit saboteur » (Marianne), « bréviaire anarchiste » (Libération), « manuel de l’insurrection » (Le Parisien) : L’Insurrection qui vient a les honneurs de la presse, ces jours-ci. Pourtant, lors de sa parution en mars 2007, cette presse avait été des plus discrètes, ce qui ne nous avait pas étonnés : nous avons l’habitude. [...] Aujourd’hui, L’Insurrection qui vient est citée dans tous les articles sur « la cellule invisible », ses méfaits et ses membres supposés. On aurait pu espérer que les journalistes prendraient le temps de lire ce petit livre de 128 pages, mais ce sont des gens pressés : il est plus rapide et moins dangereux pour leur carrière de reprendre sans état d’âme excessif les communiqués de la police. Ceux qui ont lu le livre savent qu’il ne s’agit ni d’un manuel ni d’un bréviaire, mais d’un texte d’une originalité et d’une hauteur de ton exceptionnelles.
Concernant la presse, celui qui a écrit ces lignes n’a rien exagéré. Après avoir lu le bouquin de Coupat/Comité invisible, on pourra par exemple se reporter à « l’article » paru dans Libération du 13 novembre 2008 pour se faire une idée de l’inféodation de la presse française en général, y compris de gauche, au pouvoir sarkozyen.
Hélas pour la petite clique des valets plumitifs, quiconque en a le désir peut se reporter directement à la source – ici en l’occurrence le texte dont il s’agit — pour se faire sa propre opinion.
J’ai donc lu l’Insurrection qui vient, et vous pouvez faire de même puisque le texte est disponible entéléchargement. A défaut d’être originale, la prose de Coupat/Comité invisible est néanmoins de qualité. Ce disciple de Debord écrit bien, et dit souvent des choses justes. Beaucoup des constats qui sont dressés sont parfaitement exacts. Mais on peut y lire d’énormes sottises aussi. Ce mélange de vérités et d’erreurs manifestes, voire d’affirmations scandaleuses [5], n’est d’ailleurs pas ce qui est le moins troublant dans ce petit livre.
Le point de départ est un refus, le refus de la présente organisation sociale. Puis sont déroulées les conséquences que ce refus implique : l’appel à la révolte, et l’examen des moyens pour la mener.
Les enfants de Debord
Comme chez leurs aînés « situs », on sent chez Coupat et ses copains une jubilation qui naît du fait même de la révolte. L’insurrection est belle en elle-même et pour elle même. Aucune téléologie ne la justifie. La révolte n’est plus le passage obligé mais temporaire au moyen duquel un ordre social s’effondre pour permettre l’émergence d’un nouvel ordre [6]. La révolte est la négation de tout ordre. L’insurrection en elle-même et pour elle-même est le seul type d’action imaginable pour nous qui vivons la « fin de l’histoire », qui est aussi la fin du politique. L’insurrection est donc le moyen de faire encore de la politique quand le politique a fait faillite. Voilà l’enseignement des émeutes modernes, et singulièrement des émeutes de banlieues en décembre 2005. Le livre s’ouvre d’ailleurs sur leur rappel : « Toute cette série de frappes nocturnes, d’attaques anonymes, de destructions sans phrases a eu le mérite d’ouvrir à son maximum la béance entre la politique et le politique. Nul ne peut honnêtement nier la charge d’évidence de cet assaut qui ne formulait aucune revendication, aucun message autre que de menace ; qui n’avait que faire de la politique. Il faut être aveugle pour ne pas voir tout ce qu’il y a de purement politique dans cette négation résolue de la politique. »
Fort bien. Le problème à partir de là consiste à montrer comment faire durer ce qui ne peut être que transitoire. Car la transgression d’un ordre social s’achève toujours soit par l’émergence d’un nouvel ordre, soit par le retour à l’ordre ancien, souvent pire. La réaction thermidorienne n’est pas un accident de l’histoire ; elle est inscrite dans la logique des révolutions. Coupat/Comité invisible en est bien conscient puisqu’il écrit : « La question, pour une insurrection, est de se rendre irréversible. L’irréversibilité est atteinte lorsque l’on a vaincu, en même temps que les autorités le besoin d’autorité, en même temps que la propriété le goût de s’approprier, en même temps que toute hégémonie le désir d’hégémonie. »
Seulement il ne nous dit pas comment on arrive à ce résultat. En l’absence, on est donc en droit de supposer que L’insurrection qui vient est une oeuvre littéraire avant d’être un manifeste politique. Un livre où l’on rêve l’histoire, au lieu de la penser. Et puisqu’il s’agit de rêver, l’auteur ne se prive pas d’user des moyens du rêve que sont l’analogie, la généralisation hâtive, les rapprochements indus [7]. Un critique du livre [8] nous semble viser juste quand il écrit : « Ce ton affirmatif et pourtant approximatif joue avec la généralisation. Mais il ne le fait pas du point de vue de l’histoire, mais du point de vue d’un quotidien à revisiter. La généralisation ici est justement la part historique vue à travers l’angle du quotidien. C’est exactement le point de vue dominant : ne plus comprendre ce que l’histoire a de fondamentalement différent du quotidien, prôner une révolte qui s’installe dans le monde bâti autour d’un quotidien. »
En somme il y a tout lieu de croire qu’en refusant tout ce qui rappelle une médiation – organisation, vote, représentation, etc. — bref tous les moyens nécessaires pour installer le changement dans la durée – on renforce le règne actuel et sans partage de l’immédiateté, et l’aliénation qui en découle. S’il y a une critique juste de certaines formes de représentation, elle n’autorise pas le rejet a priori de toute représentation. D’autant que paradoxalement, quiconque parle, ou mieux écrit, même le poète ou le prophète, généralise, use de la représentation, ne présente jamais « une fleur » mais parle nécessairement toujours de « l’absente de tous bouquets ».
Ces critiques n’ont guère de chance de désarçonner un situationniste pour qui un texte est moins la trace d’une recherche spéculative, qu’un appel à l’action au moyen de laquelle il éprouve, affirme et intensifie le sentiment qu’il a de la vie, de sa vie. S’il faut donc critiquer L’insurrection qui vient, ce n’est pas dans les failles logiques de son argumentation. Qu’importe la logique et qu’importe l’argumentation ! Les émeutiers de 2005 n’avaient pas besoin de ce livre pour se mettre en mouvement. Et ce livre atteint sa vérité quand il retourne au silence dont il est né et vers lequel il tend. Chez les « autonomes de l’ultra gauche [9] », on ne parle pas pour s’expliquer, se convaincre et finalement se décider. On « palabre » pour agir. La palabre est en elle-même une forme de l’action et ne se justifie qu’en tant que telle.
« Sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus. »
On n’aurait pas de mal à montrer que le style de ce genre de texte, les thèses qui y sont défendues ne sont en rien originaux. La prose de Coupat/Comité invisible a une histoire et une géographie. Elle est la digne héritière, au-delà même du situationnisme de Debord, de toute une tradition intellectuelle française née au XXème siècle. Pour qui s’intéresserait à ces généalogies, on renverra à l’ouvrage déjà ancien mais toujours essentiel de Vincent Descombes, Le même et l’autre [10], lequel désigne précisément l’interprétation kojevienne [11] de la philosophie hégélienne comme le moment où se renversent les rapports du discours et de la violence – le discours philosophique n’étant plus censé faire digue à la violence mais devenant son vecteur.
Il n’y a là rien moins qu’une forme de nihilisme, c’est vrai. On peut le déplorer. Il serait peut-être plus utile de s’interroger sur les causes de son émergence. Le nihilisme, comme phénomène culturel, lui non plus n’est pas nouveau. Il naît dans la Russie de la fin du XIXème siècle. Le nihilisme n’a qu’une seule cause : le désespoir. Le nihilisme advient quand grandit le sentiment qu’il n’y a plus d’issue. La « fin de l’histoire » ne date pas d’hier. On peut lire dans les carnets de Dostoïevski, alors qu’il prépare son grand roman Les Possédés (1872), cette description de Netchaëv, le plus célèbre nihiliste russe : « L’idée principale de Netchaëv est de tout raser, c’est la première chose à faire et la plus nécessaire. » « Le principe de Netchaëv, son mot nouveau, est de soulever enfin la révolte, une vraie, et plus il y aura de troubles et de désordres, de feu et de traditions écroulées, mieux cela vaudra. » Et Dostoïevski d’ajouter, proposant une distinction dont Camus se souviendra : « Netchaëv n’est pas un socialiste, mais un révolté. » [12] Le socialiste se propose de faire la révolution. Le révolté s’en tient à sa révolte nue dont il craint toujours qu’elle ne lui soit volée et récupérée pour reconstituer l’ordre oppressif qu’il a combattu.
On ne tranchera pas dans ce débat. On ajoutera simplement que si le nihilisme naît sur le terreau fertile du désespoir, les responsables politiques seraient alors bien inspirés de prendre des mesures pour endiguer ce désespoir.
Après les émeutes de 2005, le gouvernement de droite où siégait Sarkozy promit des mesures enfin efficaces pour combattre le sentiment justifié de relégation et d’abandon dont souffraient et souffrent encore les habitants de ces quartiers. Où en est-on aujourd’hui ? Yasid Sabeg, qui préside le comité d’évaluation et de suivi de l’Agence nationale de rénovation urbaine (ANRU) déclairait au Monde le 12 novembre 2008, c’est à dire le lendemain de l’arrestation des neuf de Tarnac : « Le gouvernement n’a pas vraiment de politique, elle n’est qu’une succession d’avatars. La rénovation urbaine en est un exemple. Alors qu’elle est mise en avant comme une priorité fondamentale, elle vient d’être sacrifiée [...] c’est l’attitude de l’Etat qui est problématique : il se désengage des politiques de développement urbain depuis des années. S’il y a un domaine où il faut plus d’Etat, c’est bien celui-ci. A l’Etat d’être porteur de l’intérêt général, de combattre la séparation spatiale croissante entre populations, de veiller à une juste allocation des ressources [...]La dislocation sociale qui en résulte constitue un vrai trouble à l’ordre public. De ce point de vue, nous n’avons pas tiré les leçons des émeutes de 2005. La relégation territoriale, la séparation spatiale des communautés, les difficultés d’accès aux droits fondamentaux comme l’éducation ou l’emploi, la transmission des inégalités sur plusieurs générations atteignent des proportions insupportables. Avec l’invisibilité des minorités dans le champ de la représentation, la révolte va s’inscrire dans le paysage français. On ne peut pas dire aux jeunes des quartiers "on a un plan" et manquer à la parole donnée. »
Voilà. Tout est dit ou à peu près. A l’heure où j’écris ces lignes, j’apprends que des émeutes ont éclaté à Athènes, dans des circonstances assez semblables à ce qui s’est passé en France en 2005. Preuve s’il en fallait que le problème n’est pas résolu et qu’il n’est pas spécifiquement français.
Epilogue
« Le drone qui, de l’aveu même de la police, a survolé le 14 juillet
dernier la Seine-Saint-Denis dessine le futur en couleurs plus franches que toutes les brumes humanistes. Que l’on ait pris le soin de préciser qu’il n’était pas armé énonce assez clairement dans quelle voie nous sommes engagés. »
L’insurrection qui vient
« Tout s’est bien passé. Aucun fait grave n’est venu entacher le Printemps de Bourges. Jean-Paul Bisiaux, le directeur départemental de la sécurité publique du Cher, respire [...] « La trentaine de caméras de surveillance qui scrutent la ville nous ont bien aidés. Tout comme l’hélicoptère de la gendarmerie qui a permis d’avoir une vision des mouvements de foule et du dispositif de sécurité ». Seul problème : l’Ecureuil, qui survolait le centre-ville à basse altitude, n’a pas fait dans la discrétion, au grand dam de Berruyers gênés jusqu’à 4 h du matin par le bruit des pales. » (souligné par nous)
La Nouvelle République, Le printemps dans la ville sans fausse note grave, 21 avril 2008.
[1] Éléments d’une doctrine radicale. 165 propos écrits de 1906 à 1914 et de 1921 à 1924. Paris : Librairie Gallimard, 1933, 4e édition. Collection “Les documents bleus” no 24
[2] Alors que j’avais cité Surveiller et punir de Michel Foucault, celui-ci déclarait : « Bombix ... seriez vous membre de l’ultra gauche ? Il est vrai que les attaques incessantes sur l’agitateur contre le TGV pourraient le laisser penser. Plus sérieusement, faites attention à ne pas déclencher, par vos exortations de plus en plus nihilistes, des comportements extrêmes indignes [...] vos écrits ont une portée qui vous échappe. J’en appelle à votre sens de la responsabilité. » Pour Bensac, il suffit donc de citer un philosophe critique qui interroge le système carcéral dans des textes théoriques, pour d’une part faire partie de l’ultra gauche, d’autre part porter une responsabilité dans les crimes terroristes. Quelle malhonnêteté ! Tenter de faire croire que le rappel des mensonges de Serge Lepeltier — qui a fait du passage du TGV à Bourges le thème principal de sa campagne électorale alors qu’il n’avait aucune assurance à ce sujet — peut être assimilé, grâce à la pratique écoeurante de l’amalgame, à des « attaques » vis à vis du TGV. Mieux : des attaques terroristes ! Ces propos et ces méthodes jugent Bensac. Définitivement.
[3] Espèce en voie de disparition, et qui va subir de nouvelles et graves pertes dans ses rangs après la mise en place de la réforme de l’enseignement Darcos. Pour l’heure, Sarkozy concentre ses efforts sur la télévision qu’il entend maîtriser, en réinventant l’ORTS (Office de radio-télédiffusion sarkozyenne).
[4] Terrorisme ou tragi-comédie, Giorgio Agamben philosophe italien, Libération, 19-11-08 « Giorgio Agamben est sans doute aujourd’hui l’un des penseurs les plus lus au monde. Son oeuvre foisonnante traite à la fois de linguistique et de philosophie politique. On le connaît surtout pour ses analyses subtiles et féroces de ce que Michel Foucault appelait le "biopouvoir", c’est-à-dire la manière dont le pouvoir s’insinue dans les corps pour s’emparer de la vie même de ceux qu’il gouverne. Agamben entend lui résister. » Extrait d’une notice du Monde, 28.11.2008
[5] Comme par exemple une incitation à brûler les écoles (p. 22) ; injonction au demeurant contradictoire en qu’elle émane d’un ancien très bon élève... Comme par exemple encore la fascination pour l’action violente pour l’action violente : à la suite de quelle perversion de l’esprit peut-on essayer de faire passer pour des héros trente types qui tendent un guet-apens à deux policiers isolés (p. 117)
[6] Supposé meilleur !
[7] Bassora n’est pas la Courneuve quand même
[8] Dans l’un des meilleurs commentaires de L’Insurrection qui vient que j’aie trouvé sur internet : L’insurrection qui vient, et au-delà
[9] Sous réserve que cette dénomination ait un sens ; il semble s’agir moins d’un concept pour désigner une force politique que le nom d’un fantasme de Madame la Ministre de l’intérieur, promptement repris et claironné par la valetaille journalistique.
[10] cf. Vincent Descombes, Le même et l’autre, 40 ans de philosophie française, Les Editions de Minuit, 1978
[11] Est-ce un hasard si Alexandre Kojève figure parmi le peu d’auteurs cités par L’insurrection qui vient ?
[12] Citations extraites du livre de N. Gourfinkel, Dostoïevski notre contemporain, Calman-Levy, 1961, p. 229