Les eaux de Mars

samedi 1er mars 2008 à 11:50, par bombix



Un poisson, un geste, c’est comme du vif argent
C’est tout ce qu’on attend, c’est tout ce qui nous reste
[...]
C’est l’hiver qui s’efface, la fin d’une saison
C’est la neige qui fond, ce sont les eaux de Mars
La promesse de vie, le mystère profond
Ce sont les eaux de Mars dans ton cœur tout au fond
 
G. Moustaki

La campagne électorale s’achève. Nous voici à quelques jours d’un scrutin qui va engager la vie de la cité berruyère pour plusieurs années. Pas seulement la vie de Bourges et de ses habitants. Nous devons reconnaître, hélas, que l’essentiel des interventions de l’Agitateur ont tourné autour des municipales de Bourges. Pourtant, il y avait beaucoup à dire sur ce qui se passe dans les communes environnantes. Saint-Amand-Montrond par exemple, qui s’apprête à reconduire la dynastie Vinçon, avec le débarquement du frère providentiel : voilà un cas intéressant de népotisme provincial. Mais nous ne pouvons pas être partout. Et nous regrettons en particulier de ne pas avoir suffisamment couvert la campagne des élections cantonales. Je profite donc de l’occasion pour lancer un appel à d’éventuels rédacteurs qui habitent le département et qui souhaiteraient participer à la vie de l’Agitateur. Ils peuvent toujours nous envoyer des chroniques ou des articles : nous les publierons avec plaisir.

Quel bilan tirer de la campagne qui s’achève ? Il n’y a pas eu de surprises fondamentales. La liste indépendante de Bernard Javerliat n’a pas pu se constituer ; le projet était sans doute trop flou et trop peu lisible. Pourtant, l’idée de réunir des citoyens qui ne se reconnaissent pas sous les étiquettes politiques traditionnelles, pour constituer une relève et une force de propositions raisonnables, n’était pas stupide. Mais elle était sans doute trop tardive. Un travail préparatoire aurait été nécessaire bien en amont. Le projet, pour être viable, aurait dû s’appuyer sur une équipe pré-constituée qui en aurait été le noyau, et sur des éléments programmatiques qui définissaient des orientations minimales.

L’enseignement premier de cette campagne est donc, d’abord, que la ritournelle habituelle sur « l’effacement du politique » est une blague. Non seulement la politique n’est pas morte, mais elle anime toujours en profondeur notre vie publique. La droite est sans doute plus à l’aise pour le dissimuler. Mettant en avant son « pragmatisme » et ses soucis de rigueur dans les questions économiques, elle a beau jeu d’accuser la gauche « d’idéologie » et de distiller des soupçons sur un projet qui diviserait les berruyers au lieu de les rassembler. En réalité, les deux projets ne se distinguent pas en ce que l’un serait idéologique et l’autre non, mais en ce que l’un s’avance masqué quant aux options politiques qu’il défend, et l’autre moins.

Soit le thème de l’écologie, omniprésent dans les discours, sinon dans les actes. Si l’on veut sortir des poncifs bien-pensants sur la protection de l’environnement, l’écologie politique relève de choix qui engagent toute une vision de la société. Prôner par exemple une politique de diminution de la pollution en encourageant les individus à investir dans des voitures neuves et propres, ou en valorisant et en développant les transports en commun n’a pas les mêmes conséquences : ni sur le plan sociétal, ni au niveau des individus qui ne disposent pas tous des mêmes moyens économiques. Au fond, le tour de passe-passe de l’écologie vue de droite, hormis que l’on parie sur l’individu mis au centre du dispositif, c’est de faire croire que l’on peut améliorer les choses sur le terrain de l’environnement, sans rien changer au modèle de développement de nos sociétés. Il y a là quelque chose d’absurde. Comment imaginer qu’en consommant davantage, on peut lutter contre les conséquences de la société de consommation ?
Mais si on peut reprocher à la droite d’être inconséquente, on peut accuser la gauche d’être hypocrite, dans la mesure justement où ce modèle de société n’est plus fondamentalement remis en cause, mais simplement « aménagé ». Sera-ce suffisant ?

La politique n’est pas morte, donc. On continue d’en faire. Au niveau des partis, essentiellement. Le second enseignement de ces élections, vues de la fenêtre de l’Agitateur, c’est que l’engagement citoyen sur ce terrain a été très limité. L’Agitateur, comme outil de prise de parole et d’engagement de débats a été peu utilisé. Les échanges, pour l’essentiel, ont viré en querelles politiciennes. Pire : ces querelles ont souvent tourné autour d’histoires individuelles qui n’ont pas grand rapport avec ce qui devrait faire débat à propos des affaires publiques. Ainsi, les décisions qui engagent la vie de la cité continuent d’être prises essentiellement au sein d’organisations politiques peu représentatives, mais investies par de nombreuses personnes plus préoccupées par leurs egos et leurs carrières, que soucieuses du bien commun. Voilà l’idéal démocratique bien malmené.

D’autant que le diagnostic ne s’applique pas qu’aux grandes écuries. La troisième liste apparue tardivement concentre malgré sa petite taille toutes les tares des grandes organisations. Sans parler de son regrettable amateurisme qui traduit a minima une grande improvisation sur un terrain qui ne la tolère guère, elle porte comme les autres son fardeau de magouilles peu ragoûtantes et de lourdes querelles politiciennes. Le tout dominé par une très forte problématique individualisante dans la désignation des leaders. Comme si faire de la politique se réduisait, pour certaines personnes en mal de reconnaissance, en une tentative pour se valoriser à tout prix ...

Quoi qu’il en soit, les électeurs trancheront bientôt. Dans quelques jours, Bourges aura peut-être basculé à gauche. Ne serait-ce que pour respecter le sain principe de l’alternance, ce serait une bonne nouvelle pour les berruyers. Lepeltier n’a ni bilan mémorable, ni programme très clair. Irène Félix est porteuse d’une dynamique et d’une volonté de changement. Consciencieuse, mais besogneuse, elle n’est pas la candidate idéale : elle est néanmoins certainement aujourd’hui la moins mauvaise des options pour Bourges.

Mais la droite peut aussi être reconduite. Rien n’est encore joué.

Droite ou gauche, seule l’implication réelle des citoyens — c’est à dire de nous tous — permettra de revivifier une démocratie qu’il serait bon de ne laisser ni aux mains de politiciens spécialisés plus ou moins affairistes, ni aux mains d’amateurs en mal d’émotions fortes et qui cherchent à meubler leurs existences comme ils le peuvent.

L’Agitateur voudrait y contribuer pour sa part, en ouvrant un espace de dialogue et en donnant à tous les moyens de s’exprimer.

Mars est le temps des eaux. L’hiver recule, le printemps n’est pas encore là. Dans la nature, on sent frémir et germer la vie qui sommeillait. Pour les astrologues, mauvais savants mais bon poètes, Mars est le temps du poisson, symbole associé à l’eau. Le poisson qui peuple le monde aquatique est un être du milieu, un médiateur. Il n’appartient ni aux profondeurs de la terre, ni au ciel éthéré. Ni à la nuit de l’hiver, ni au soleil de l’été.
Comme le poisson, l’Agitateur voudrait être frétillant et relier les pôles opposés de la vie sociale, en libérant des paroles, en tenant modestement mais avec ténacité son rôle de médiateur.

À chacun, ensuite, de mettre en cohérence ses paroles et ses actes.

Pour finir, — ou plutôt pour ne pas finir : si les eaux de Mars devaient emporter l’ancienne équipe qui avait la charge de diriger Bourges, nos vies changeraient un peu, mais la vie, elle, ne changerait pas. Cela pour rappeler que si la politique est certainement une chose importante, elle n’est nullement la chose la plus importante.

commentaires
Les eaux de Mars - Mercure Galant - 5 mars 2008 à 22:23

si les eaux de Mars devaient emporter l’ancienne équipe qui avait la charge de diriger Bourges, nos vies changeraient un peu, mais la vie, elle, ne changerait pas.

L’eau seule est éternelle.

Yun Son-Do (1587-1671)


#11202
Les eaux de Mars - Eulalie - 3 mars 2008 à 12:44

" la politique n’est nullement la chose la plus importante" . Oui, c’est vrai... il y aussi le travail (dimanche inclus) ;-)


#11046
Les eaux de Mars - B. Javerliat - 3 mars 2008 à 08:43

Ne serait-ce que pour respecter le sain principe de l’alternance

C’est en effet la seule "bonne" raison de voter socialiste dimanche prochain.

Changer pour changer, enthousiasmant...


#11040
Les eaux de Mars - B. Javerliat - 2 mars 2008 à 06:57
municipale2008.jpg

#11013
Les eaux de Mars - 1er mars 2008 à 13:30

Bravo Bombix ! C’est très joli ce que vous avez écrit.


#11003
Les eaux de Mars - Mercure Galant - 1er mars 2008 à 13:27

Comme le poisson, l’Agitateur voudrait être frétillant et relier les pôles opposés de la vie sociale, en libérant des paroles, en tenant modestement mais avec ténacité son rôle de médiateur.

C’est vraiment comme cela que je conçois ce média . S’il reste encore atypique au regard de beaucoup, il ouvre indéniablement une voie intelligente et à mon sens incontournable dans une société responsable . C’est pourquoi j’espère que beaucoup entendrons votre message et pourront rejoindre le cercle des rédacteurs de l’Agitateur qui ne demande qu’à s’enrichir de la pluralité et de la richesse du plus grand nombre. Cependant si l’Agitateur peut être comparé à un poisson, il devra toujours rester vigilant afin de ne pas se faire "ferrer" par une amicale de gentils pêcheurs professionnels. ;-)


#11002