Bourges débat pour un changement d’air

dimanche 24 février 2008 à 18:00, par Mister K

Alors que les candidats débattent depuis plusieurs mois à distance, l’occasion était donnée à deux des 3 candidats aux élections municipales de Bourges 2008 de discuter face à face lors d’un débat télévisé sur France 3 Centre. Le débat prévu de longue date n’a pas inclus la liste "A gauche Bourges !" de Jean-Luc Julien qui n’a fait surface que depuis quelques semaines. Serge Lepeltier (UMP) et Irène Félix (PS) ont donc débattu en direct, Samedi 23 février 2008, sur le plateau de France 3, interrogés par 3 journalistes, Pierre Bouchenot de France 3 Centre, Benoit Bouscarel de France Bleu Berry et Yvan Roullet de la Nouvelle République. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce débat n’a apporté que peu d’éléments nouveaux par rapport à ceux que vous avez pu lire dans ces pages.

Bourges débat pour un changement d'air

Un débat très vert

Le débat a tourné en grande partie autour des questions d’écologie et du développement durable. Serait-ce lié à la personnalité de Serge Lepeltier, ancien ministre de l’écologie, serait-ce la préoccupation principale des berruyers, serait-ce la mode actuelle ? Toujours est-il qu’à travers des sujets aussi différents que l’habitat, les transports, le tramway, le TGV, les projets autoroutiers, le problème de l’eau ou des ordures ménagères, c’est le vert qui a dominé ce débat. Les politiques de droite comme de gauche recyclent au moins le vert à défaut de mieux.

Serge Lepeltier esquive magistralement son bilan

Serge Lepeltier, maire sortant UMP, s’est dès le début de l’émission montré assez agressif vis à vis de son challenger Irène Félix (PS) en l’accusant de tromperie des électeurs au sujet de son discours sur le pouvoir d’achat, puis, en lui posant une énième fois la question de Lutte Ouvrière et Colette Cordat. Ces attaques ont donné le ton à toute la suite de l’émission, où paradoxalement, Irène Félix a dû sans cesse s’expliquer et répondre aux questions de Serge Lepeltier sur son propre programme. Résultat, Serge Lepeltier n’a pas eu réellement à défendre son bilan comme on aurait pu s’y attendre. En attaquant son adversaire sur des points extrêmement politiques voir anecdotiques [1], il a réussi à contourner le débat sur son propre bilan de 13 années à la tête de la ville de Bourges, et a réussi ainsi une esquive de maître.

A sa manière, Serge Lepeltier, en grand spécialiste de la communication a donc été convaincant. Le regard rieur, un brin impertinent - mais donnant parfois l’impression d’une étonnante désinvolture - le maire sortant a néanmoins commis quelques erreurs stratégiques assez visibles. Ainsi, il a par exemple redit que le programme de la Gauche Unie était sensiblement le même que le programme de Bourges, notre force, ce qui est paradoxal puisqu’en critiquant le programme d’Irène Félix, il critique aussi le sien, logiquement.

Irène Félix, appliquée et convaincante

Irène Félix, quoique placée sur la défensive par Serge Lepeltier, a toutefois réussi à être convaincante sur sa maîtrise des sujets en expliquant patiemment de nombreux points de son projet. Elle a montré notamment sur le sujet de l’environnement, paradoxalement, plus de convictions et de maîtrise que son adversaire ancien ministre de l’environnement en réussissant notamment à lui faire admettre des insuffisances au niveau des transports en commun à Bourges [2]. La stratégie de Serge Lepeltier lui a donc permis de bien plus expliquer son projet que Serge Lepeltier ne l’a fait lui-même, trop occupé à attaquer celui de son adversaire. Elle a également fait mouche sur le coût des ordures ménagères qui sont facturées 9 millions d’euros aux berruyers alors qu’ils n’en coûtent "que" 8 millions d’euros [3]

Serge Lepeltier, dans la continuité

Serge Lepeltier a mis surtout en avant le projet TGV en affirmant que "nous aurons le TGV à Bourges" d’ici 12 ans. Irène Félix s’est contentée de rappeler que sur ce sujet, rien n’était fait et que d’autres villes que Bourges avaient pour ambition d’obtenir le TGV et donc qu’il faudrait se battre collectivement pour un TGV à Bourges [4]. Concernant le tramway, Serge Lepeltier s’est montré très sceptique sur son intérêt à Bourges en s’inquiétant sur son financement. Irène Félix a rappelé que sa proposition de tramway concernait au moins une étude, ce qui ne préjuge pas de la réalisation. Une proposition qui a été mise en avant par Serge Lepeltier, celle d’une aide de la ville pour l’isolation des bâtiments anciens. Quelques cadeaux aux électeurs, cela peut toujours rapporter des voix cruciales dans un scrutin qui pourrait être serré. Mais il a une seconde fois accusé Irène Félix de tromperie des électeurs concernant son projet de création d’un établissement public foncier qui selon lui nécessiterait d’être financé par les impôts. Autre fait marquant, Serge Lepeltier a plusieurs fois évoqué Jacques Rimbault, ancien maire communiste de Bourges un peu comme s’il cherchait à capter un peu de popularité de ce dernier. Il a pourtant conclu son propos par une nouvelle attaque contre Irène Félix et son alliance avec Lutte Ouvrière... et a sorti une touche de communication un peu rétrograde et décalée en expliquant le nom de sa liste, "Bourges, notre force".

Maire pépère ou maire austère ?

Au final, Serge Lepeltier n’a pas vraiment cherché à défendre son bilan et son projet. Se positionnant en challenger, il a tenté de s’appuyer sur quelques polémiques qui font mouches auprès de son électorat et s’est contenté de dérouler. Pour Serge Lepeltier, TGV ou projets autoroutiers, la vérité est ailleurs. Il fait dans le médiatique tandis qu’Irène Félix a pu paraître très technique, très sérieuse et donc un poil austère. Toutefois, sur le plan des idées, c’est elle qui a le mieux défendu les siennes en faisant valoir son écoute, son expérience et sa modernité face à un Serge Lepeltier qui s’est appuyé sur ses acquis, son statut de maire sortant, d’ancien ministre de l’écologie et son réseau d’amis qui va avec. Au regard de cette campagne et de ce débat, Irène Félix donne l’image d’une technicienne qui a beaucoup travaillé les sujets de fond, alors que Serge Lepeltier, plus prompt à faire dans la communication et la polémique, est apparu comme un "homme politique professionnel". Lepeltier, un maire pépère, pas si vert.

Il appartiendra donc aux électeurs de juger si 6 ans de plus de Serge Lepeltier peuvent apporter quelque chose de nouveau ou si au contraire, le renouvellement de la gouvernance municipale au nom de la saine alternance, peut redynamiser Bourges, apporter l’air frais et la jeunesse qui lui manque. Au regard de ce débat, il est difficile de faire des pronostics. Le pari d’Irène Félix de ne pas répondre aux polémiques, de jouer sur le travail et le sérieux parait néanmoins risqué. Jean-Claude Sandrier (PCF) avait fait ce même pari lors des élections municipales de 2001 : cela lui avait valu une courte mais assommante défaite dès le premier tour. Face à un Serge Lepeltier plus démonstratif et plus "paillettes", la sobriété et la prudence de la gauche pourrait passer pour un aveu de faiblesse. Rendez-vous les 9 et 16 mars 2008...

[1Le serrage de paluche comme sujet important de la vie démocratique à Bourges, voilà qui ne manque pas d’air

[2Insuffisances difficiles à nier vis à vis de ceux qui utilisent les services de la CTB/Sivotu

[3En ces temps de grogne sur le pouvoir d’achat, pourquoi chipoter sur un surcoût de 12% ?

[4La décision se prend au niveau de l’état et de la SNCF

commentaires
Bourges débat pour un changement d’air - 25 février 2008 à 21:25

A mon sens le débat fut courtois. Cependant, à charge des journalistes "animateurs", le débat de fond sur les sujets municipaux qui touchent les berruyers sur le terrain ont été éludés. A croire qu’il ne s’étaient pas intéressés aux programmes des deux listes : Avaricum, pistes cyclables, piscine ludique, sport, salle de spectacle, etc.... Trop de thèmes qui ne préoccupent pas nos concitoyens puisque tout va bien : ordures ménagères, qualité de l’eau


#10845
[HS] Irène est partout :P - JPS - 25 février 2008 à 00:28

Petit HS juste pour vous signaler I.Felix est partout en photo sur l’accueil de l’Agitateur, ça fait peur et risque de faire fuir le lecteur, pas moyen de mettre autre chose de plus chaleureux et accueillant ?


#10835
[HS] Irène est partout :P - Mister K - 25 février 2008 à  00:47

C’est vrai. Mais il y a un mois, c’était Serge Lepeltier...

#10836 | Répond au message #10835
Irène est partout - bombix - 26 février 2008 à  22:31

Irène est partout, même dans le Figaro Madame ! Pour la bonne bouche, le meilleur d’abord, le verdict du psy de service :
« Elle a l’autorité de la compétence et de la raison, clairement masculine. L’importance qu’elle donne aux dossiers révèle un besoin de maîtrise et de contrôle. Ça donne une force de projection. Mais les métaphores de couturière et le besoin de propreté masquent mal une vulnérabilité personnelle. Sous le vernis, on devine la fragilité et le besoin de mettre à distance. Elle veut affirmer que la République considère tous ses enfants à égalité, sans favoritisme, au risque d’un déni des différences individuelles. Pour s’imposer, elle refuse ainsi d’utiliser des arguments féminins, toute forme d’empathie ou de compassion. »

Elle a l’autorité de la compétence et de la raison, clairement masculine.

Les filles apprécieront.

Mais les métaphores de couturière et le besoin de propreté masquent mal une vulnérabilité personnelle

Le psy ne sait certainement pas que la métaphore du tisserand pour désigner le politique se trouve déjà chez Platon, et pas pour masquer une vulnérabilité personnelle !

Elle veut affirmer que la République considère tous ses enfants à égalité, sans favoritisme, au risque d’un déni des différences individuelles.

C’est à dire qu’elle veut affirmer le principe républicain ; mettre tous ses enfants à égalité est le propre de la République, son essence. Enfin, on ne va quand même pas demander aux psys du Figaro Madame d’avoir un minimum de culture politique, même quand ils glosent sur des femmes politiques. Ce qui les intéresse avant tout, c’est la bouillie du coeur.
Lire le reste ici

#10876 | Répond au message #10835
Bourges débat pour un changement d’air - 24 février 2008 à 21:45

Irène a fait la pose sourire, Serge ne s’est pas défait d’une certaine suffisance, Jean Luc s’est un peu étouffé un parlant de la base (il se croit dans une AG ma parole !) avant de bredouiller sur la remunicipalisation... Marrant. a ce jeu, je pense qu’Irène a marqué des points parce qu’elle n’a pas répondu à la morgue de Serge, qui lui s’est un peu fait moucher par les journaleux (notamment sur son appartenance à l’UMP ou sur le pôle d’écodéveloppement ou je sais pas trop quoi- Bourges est décidément une ville à Pôles-).


#10834
Bourges débat pour un changement d’air - socialisme et un peu de sérieux - 24 février 2008 à 19:51

Face à un Serge Lepeltier plus démonstratif et plus "paillettes"

Le tout est de savoir quel va être l’effet Sarkozy sur ce plan là. Les paillettes désastreuses du dingo vont-elles, par contraste, donner une prime à la sobriété pour certains candidats, surtout dans l’électorat agé ?? Je pense que la population est assez effrayée par ce qui se passe en ce moment et va plutôt privilégier le sérieux qui rassure (c’est ce qui bénéficie à Fillon par ailleurs).

Pour voir les conneries qui prouvent que moi non plus, je ne "fais pas président", et que sarkocassetoipauvrecon devrait faire comme moi et rester derrière son ordinateur pour insulter les gens, c’est sur mon blog (désolé je fais ma pub)


#10833
[HS] L’Agitateur gère ses forums, ça lui suffit bien - bombix - 25 février 2008 à  06:52

Il est donc demandé aux internautes qui ne seraient pas d’accord avec le contenu de "Socialisme et un peu de sérieux" de le faire savoir à l’auteur ... mais sur son blog. Merci.

#10838 | Répond au message #10833
[HS] L’Agitateur gère ses forums, ça lui suffit bien - socialisme et un peu de sérieux - 25 février 2008 à  07:59

Ah oui oui, vous pouvez m’insulter en laissant un commentaire sur mon blog. J’avais pas vu que des lecteurs se plaignaient de moi sur l’agitateur

#10840 | Répond au message #10838
Bourges débat pour un changement d’air - Zelda - 24 février 2008 à 18:44

Le pari d’Irène Félix de ne pas répondre aux polémiques, de jouer sur le travail et le sérieux parait néanmoins risqué. Jean-Claude Sandrier (PCF) avait fait ce même pari lors des élections municipales de 2001 : cela lui avait valu une courte mais assommante défaite dès le premier tour. Face à un Serge Lepeltier plus démonstratif et plus "paillettes", la sobriété et la prudence de la gauche pourrait passer pour un aveu de faiblesse.

Je n’ai pas suivi le débat et ne peut donc en parler. Simplement, sur cette dernière analyse, je dirais qu’il ne faut pas oublier qu’il est rarissime qu’un maire sortant échoue au terme de son premier mandat. Il faut vraiment qu’il ait commis des erreurs magistrales. Je pense qu’il est donc erroné d’impartir au tempérament et à la ligne politique de sobriété, de sérieux, de modestie la défaite de Jean-Claude Sandrier en 2001 et peut-être celle de Irène Félix en 2008. De surcroît, Serge Lepeltier ne peut être considéré comme un "personnage" : Bourges qui s’était donnée des maires à forte personnalité (Laudier, Boisdé, Rimbault) a fait sa rupture en choisissant S. Lepeltier qui est, somme toute, assez transparent, technicien, sans aspérité.
De plus, les analyses politiques sur le "retour" en force de Jean-Claude Sandrier en 1997 ont souvent mis l’accent sur son côté "jospinien", à l’opposé de la truculence et, parfois, de la désinvolture de F. Thomas-Richard. Alors qu’en penser ?


#10828
Bourges débat pour un changement d’air - bombix - 24 février 2008 à  19:07

Logique ?

il est rarissime qu’un maire sortant échoue au terme de son premier mandat.

et quelques mots plus loin :

et peut-être celle de Irène Félix en 2008

contre I. Félix, il n’est plus à son premier mandat, non ? Donc si l’argument vaut pour l’un, il ne peut pas valoir pour l’autre.

De plus, les analyses politiques sur le "retour" en force de Jean-Claude Sandrier en 1997 ont souvent mis l’accent sur son côté "jospinien", à l’opposé de la truculence et, parfois, de la désinvolture de F. Thomas-Richard. Alors qu’en penser ?

Que vous parlez pour ne pas dire grand-chose, car c’est justement ce que fait remarquer JMP.

#10831 | Répond au message #10828