Bourges débat pour un changement d’air
Alors que les candidats débattent depuis plusieurs mois à distance, l’occasion était donnée à deux des 3 candidats aux élections municipales de Bourges 2008 de discuter face à face lors d’un débat télévisé sur France 3 Centre. Le débat prévu de longue date n’a pas inclus la liste "A gauche Bourges !" de Jean-Luc Julien qui n’a fait surface que depuis quelques semaines. Serge Lepeltier (UMP) et Irène Félix (PS) ont donc débattu en direct, Samedi 23 février 2008, sur le plateau de France 3, interrogés par 3 journalistes, Pierre Bouchenot de France 3 Centre, Benoit Bouscarel de France Bleu Berry et Yvan Roullet de la Nouvelle République. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce débat n’a apporté que peu d’éléments nouveaux par rapport à ceux que vous avez pu lire dans ces pages.
Un débat très vert
Le débat a tourné en grande partie autour des questions d’écologie et du développement durable. Serait-ce lié à la personnalité de Serge Lepeltier, ancien ministre de l’écologie, serait-ce la préoccupation principale des berruyers, serait-ce la mode actuelle ? Toujours est-il qu’à travers des sujets aussi différents que l’habitat, les transports, le tramway, le TGV, les projets autoroutiers, le problème de l’eau ou des ordures ménagères, c’est le vert qui a dominé ce débat. Les politiques de droite comme de gauche recyclent au moins le vert à défaut de mieux.
Serge Lepeltier esquive magistralement son bilan
Serge Lepeltier, maire sortant UMP, s’est dès le début de l’émission montré assez agressif vis à vis de son challenger Irène Félix (PS) en l’accusant de tromperie des électeurs au sujet de son discours sur le pouvoir d’achat, puis, en lui posant une énième fois la question de Lutte Ouvrière et Colette Cordat. Ces attaques ont donné le ton à toute la suite de l’émission, où paradoxalement, Irène Félix a dû sans cesse s’expliquer et répondre aux questions de Serge Lepeltier sur son propre programme. Résultat, Serge Lepeltier n’a pas eu réellement à défendre son bilan comme on aurait pu s’y attendre. En attaquant son adversaire sur des points extrêmement politiques voir anecdotiques [1], il a réussi à contourner le débat sur son propre bilan de 13 années à la tête de la ville de Bourges, et a réussi ainsi une esquive de maître.
A sa manière, Serge Lepeltier, en grand spécialiste de la communication a donc été convaincant. Le regard rieur, un brin impertinent - mais donnant parfois l’impression d’une étonnante désinvolture - le maire sortant a néanmoins commis quelques erreurs stratégiques assez visibles. Ainsi, il a par exemple redit que le programme de la Gauche Unie était sensiblement le même que le programme de Bourges, notre force, ce qui est paradoxal puisqu’en critiquant le programme d’Irène Félix, il critique aussi le sien, logiquement.
Irène Félix, appliquée et convaincante
Irène Félix, quoique placée sur la défensive par Serge Lepeltier, a toutefois réussi à être convaincante sur sa maîtrise des sujets en expliquant patiemment de nombreux points de son projet. Elle a montré notamment sur le sujet de l’environnement, paradoxalement, plus de convictions et de maîtrise que son adversaire ancien ministre de l’environnement en réussissant notamment à lui faire admettre des insuffisances au niveau des transports en commun à Bourges [2]. La stratégie de Serge Lepeltier lui a donc permis de bien plus expliquer son projet que Serge Lepeltier ne l’a fait lui-même, trop occupé à attaquer celui de son adversaire. Elle a également fait mouche sur le coût des ordures ménagères qui sont facturées 9 millions d’euros aux berruyers alors qu’ils n’en coûtent "que" 8 millions d’euros [3]
Serge Lepeltier, dans la continuité
Serge Lepeltier a mis surtout en avant le projet TGV en affirmant que "nous aurons le TGV à Bourges" d’ici 12 ans. Irène Félix s’est contentée de rappeler que sur ce sujet, rien n’était fait et que d’autres villes que Bourges avaient pour ambition d’obtenir le TGV et donc qu’il faudrait se battre collectivement pour un TGV à Bourges [4]. Concernant le tramway, Serge Lepeltier s’est montré très sceptique sur son intérêt à Bourges en s’inquiétant sur son financement. Irène Félix a rappelé que sa proposition de tramway concernait au moins une étude, ce qui ne préjuge pas de la réalisation. Une proposition qui a été mise en avant par Serge Lepeltier, celle d’une aide de la ville pour l’isolation des bâtiments anciens. Quelques cadeaux aux électeurs, cela peut toujours rapporter des voix cruciales dans un scrutin qui pourrait être serré. Mais il a une seconde fois accusé Irène Félix de tromperie des électeurs concernant son projet de création d’un établissement public foncier qui selon lui nécessiterait d’être financé par les impôts. Autre fait marquant, Serge Lepeltier a plusieurs fois évoqué Jacques Rimbault, ancien maire communiste de Bourges un peu comme s’il cherchait à capter un peu de popularité de ce dernier. Il a pourtant conclu son propos par une nouvelle attaque contre Irène Félix et son alliance avec Lutte Ouvrière... et a sorti une touche de communication un peu rétrograde et décalée en expliquant le nom de sa liste, "Bourges, notre force".
Maire pépère ou maire austère ?
Au final, Serge Lepeltier n’a pas vraiment cherché à défendre son bilan et son projet. Se positionnant en challenger, il a tenté de s’appuyer sur quelques polémiques qui font mouches auprès de son électorat et s’est contenté de dérouler. Pour Serge Lepeltier, TGV ou projets autoroutiers, la vérité est ailleurs. Il fait dans le médiatique tandis qu’Irène Félix a pu paraître très technique, très sérieuse et donc un poil austère. Toutefois, sur le plan des idées, c’est elle qui a le mieux défendu les siennes en faisant valoir son écoute, son expérience et sa modernité face à un Serge Lepeltier qui s’est appuyé sur ses acquis, son statut de maire sortant, d’ancien ministre de l’écologie et son réseau d’amis qui va avec. Au regard de cette campagne et de ce débat, Irène Félix donne l’image d’une technicienne qui a beaucoup travaillé les sujets de fond, alors que Serge Lepeltier, plus prompt à faire dans la communication et la polémique, est apparu comme un "homme politique professionnel". Lepeltier, un maire pépère, pas si vert.
Il appartiendra donc aux électeurs de juger si 6 ans de plus de Serge Lepeltier peuvent apporter quelque chose de nouveau ou si au contraire, le renouvellement de la gouvernance municipale au nom de la saine alternance, peut redynamiser Bourges, apporter l’air frais et la jeunesse qui lui manque. Au regard de ce débat, il est difficile de faire des pronostics. Le pari d’Irène Félix de ne pas répondre aux polémiques, de jouer sur le travail et le sérieux parait néanmoins risqué. Jean-Claude Sandrier (PCF) avait fait ce même pari lors des élections municipales de 2001 : cela lui avait valu une courte mais assommante défaite dès le premier tour. Face à un Serge Lepeltier plus démonstratif et plus "paillettes", la sobriété et la prudence de la gauche pourrait passer pour un aveu de faiblesse. Rendez-vous les 9 et 16 mars 2008...
[1] Le serrage de paluche comme sujet important de la vie démocratique à Bourges, voilà qui ne manque pas d’air
[2] Insuffisances difficiles à nier vis à vis de ceux qui utilisent les services de la CTB/Sivotu
[3] En ces temps de grogne sur le pouvoir d’achat, pourquoi chipoter sur un surcoût de 12% ?
[4] La décision se prend au niveau de l’état et de la SNCF